Journal d’écriture – Ma romance : premier essai

écriturerose

Comme je le racontais dans les articles précédents et notamment ici, je me suis décidée à reprendre l’écriture et à commencer avec une romance, un genre très cadré dont j’ai relevé les règles principales pour pouvoir me lancer.

Une fois ces principes établis, je me suis jetée dans le bain. J’avoue que l’erreur était là, je me suis lancée sans préparation concernant l’intrigue. Quand j’écris, c’est toujours comme ça que je fais. J’ai une idée, je réfléchis à mes personnages et bam! j’y vais sans trop en savoir plus, en commençant par le début et en avançant chronologiquement. Puisque là, je voulais aller vite pour pouvoir avoir tout bouclé en dix jours (le délai que je m’étais fixé pour me forcer à terminer l’histoire), je me suis dit que c’était une bonne chose, qu’il ne fallait pas plus que je tergiverse pendant des heures et que j’y aille. Mais je ne savais pas du tout où j’allais, ce qui est embêtant pour une histoire qui doit avoir des rebondissements calculés et se finir au bout de 100 pages grand maximum.

Bon bien sûr, pour pouvoir écrire la première phrase, il me fallait quand même un minimum d’éléments concernant mes personnages et ce qui leur arrivait. Donc j’avais défini le décor et les caractéristiques de base de mon héroïne :

  • J’avais pris pour décor une ville touristique d’un pays de l’hémisphère sud que je connais bien. Etant donné les paysages spectaculaires de cet endroit, je me disais que j’avais là mon élément exotique et de belles descriptions en perspective.
  • Mon héroïne, Sophie, une Française de 23-30 ans, était une nouvelle venue dans la région. Elle venait rejoindre sa meilleure amie Clara qui s’y était installée un ou deux ans plus tôt.
  • Le soir de son arrivée, elle tombait sous le charme d’un jeune homme mystérieux, Damian, un mec du pays rencontré dans un bar. Je m’étais dit qu’il fallait que l’on rentre tout de suite dans le vif du sujet, donc elle rencontre le héros immédiatement.

J’ai écrit 30 pages en deux jours, m’inspirant abondamment de lieux, de gens et d’événements de ma vie. Je m’étais dit, quoi de mieux pour être réaliste que de se baser sur la réalité, hein?

apprentissagevintage

Quoi de mieux pour captiver son lecteur et l’émouvoir que de s’inspirer de la réalité elle-même?

Sauf que l’histoire était tellement inspirée de la réalité que j’étais incapable de dire ce que le personnage masculin avait dans la tête, et pourquoi il agissait comme il le faisait. Je veux dire, ces situations-là, je les ai toutes plus ou moins vécues. Mais dans la vraie vie, il y a des choses pour lesquelles on n’aura jamais de réponse. Alors comment l’expliquer ici? En lisant un roman de ce type, le lecteur ne veut pas être frustré et refermer le bouquin en se disant « Bah dis donc, c’était pas bien clair ct’histoire! » Je ne croyais à aucune des raisons que j’inventais et je ne voyais pas très bien quel suspense et quel retournement de situation je pourrais choisir pour justifier tout ça.

De plus, j’aimais bien mon héroïne mais je ne l’adorais pas! Ce qui est un problème pour la rendre convaincante. J’avais essayé de lui donner un caractère assez consensuel pour qu’elle colle mieux au style des téléfilms de M6 et qu’elle se distingue bien de moi. Puisque je m’inspirais déjà beaucoup de ma réalité, je voulais que le point central de l’histoire soit très distinct pour que ça ne se transforme pas en journal intime à peine déguisé. J’insistais sur des petits détails du style « elle ne s’intéresse pas du tout à telle ou telle chose » que moi, en fait, j’adore. Résultat, je préférais presque sa meilleure amie et je commençais même à imaginer d’autres histoires avec celle-ci en personnage principal.

TelefilmM6actrice

L’héroïne que j’imaginais : la voisine idéale! Une fille sympa, mignonne, propre sur elle, qui passe une fois par semaine chez le coiffeur pour se faire une permanente et actualiser sa couleur… mais dont la personnalité n’est pas particulièrement originale.
(Ici: Diana Amft qui joue Eva dans Pour quelques kilos de trop)

J’ai eu beau tourner et retourner l’histoire dans tous les sens pour essayer d’en faire quelque chose, je devais bien me rendre à l’évidence : ces trente pages ne me mèneraient nulle part ou alors l’histoire serait vraiment du grand n’importe quoi. D’ailleurs, du grand n’importe quoi, j’en ai fait. Pour rendre le contexte plus spectaculaire, j’ai rajouté des truc de ouf : des stars, un drame, de la sensualité toutes les dix lignes… Mais ça ne résolvait pas mon problème de base : pourquoi le mec est-il si incompréhensiblement euh… incompréhensible?

Voici un petit extrait que je n’ai pas retouché depuis, donc à l’état brut (tout ça pour dire, pardonnez les fautes de style – voire les fautes d’orthographe) :

Elle réalisa soudain d’où venait cette beauté unique du jeune homme, d’un délicat équilibre entre l’élégance des vieilles familles anglaises et de la chaleur des îles du Sud. Il ressemblait à un Européen, mais il ne l’était pas complètement et c’est cela qui créait une telle confusion des sens lorsqu’on le voyait.

– Et qu’est-ce que ton tatouage signifie alors ? demanda-t-elle, encore plus fascinée par Damian qu’elle ne l’était déjà.

Spontanément, elle avança sa main vers le bras du jeune homme et toucha les dessins noirs du bout des doigts. Elle voulait suivre les lignes courbes le long de sa peau tiède, comme pour mieux s’imprégner du sens de ces dessins mystérieux et peut-être, réussir à plonger dans l’âme de Damian grâce à cette fresque secrète. Au contact de ses doigts sur son épaule musclée, le jeune homme tressaillit. Sophie leva sa tête vers lui, perdue. Elle ne savait plus bien ce qu’elle faisait. Etait-ce inapproprié? Pourtant, elle ne voulait pas perdre cette merveilleuse sensation de sa peau sous ses doigts. Il soutint son regard pendant quelques secondes puis posa tout doucement sa main gauche sur la sienne, l’accompagnant dans l’exploration des traces de l’encre sur son bras.

Sophie perdait le sens des réalités, emportée par la chaleur étouffante du lieu et son attirance de plus en plus enivrante pour Damian. Elle devinait qu’une partie du tatouage continuait sur le torse couvert du jeune homme et elle brûlait d’envie de le découvrir. Elle glissa sa main tout le long du bras, jusqu’à son épaule, prête à passer sous le tissu. Damian l’arrêta d’un geste doux mais ferme. Lentement, il avança ses lèvres jusqu’aux doigts fébriles de Sophie et y déposa un tendre baiser.

C’était si dur de se rapprocher autant sans pouvoir aller au-delà de cette limite qu’il lui imposait. Elle mourait d’envie de l’embrasser, qu’il se penche vers elle et pose sa bouche sur la sienne.

Alors voilà, j’ai mis un minimum de sensualité histoire de faire rougir ma grand-mère (et probablement juste elle) si elle me lisait et se disait « oh ma petite-fille a écrit ça??? ». Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de ces deux héros qui se sont rencontrés la veille, franchement? Je ne vais pas transformer le brave garçon en chaman qui a un tatouage mystique ou un truc du genre pour en rajouter encore dans le spectaculaire, si? J’ai bien essayé de placer un drame et un passé douloureux dans l’intrigue :

– Je suis désolée… murmura Sophie, bouleversée.

– Quand j’ai vu ses amis tout à l’heure, cela m’a fait un drôle de choc…

– C’étaient ceux qui l’accompagnaient ce jour-là? Tu les connaissais bien?

– Il y a une photo dans ma chambre… Elle représente mon frère et ces amis-là qui s’apprêtent partir pour un weekend de bivouac dans la nature. J’ai vu leurs visages tous les jours depuis vingt ans mais je ne les avais jamais rencontrés.

Elle se serra contre lui et il caressa doucement sa tête.

– Ils avaient l’air content de te voir, dit-elle.

– La mort de mon frère les a tous affectés, je crois… L’un d’eux m’a expliqué à quel point Andrew avait influencé sa vie et ce qu’il fait aujourd’hui. C’est fou, tu te rends compte ? Je n’avais pas réalisé ce qu’il avait pu représenter pour certains…

Il glissa sa main dans les longues mèches ondulées de la jeune femme. Il laissa échapper un rire sans joie.

– Et mes parents ne sont plus retrouvés qu’avec moi… Qu’est-ce qu’ils ont perdu au change ! Andrew était l’enfant parfait… Et moi, je suis le petit dernier, l’imparfait qui aurait toujours dû rester deuxième. Celui qui n’est jamais que moyen et gaspille sa vie dans des soirées d’ivresse sans but… Il était l’enfant parfait, et le frère parfait.

– Il n’y a pas d’enfant parfait, Damian, murmura-t-elle.

– Si tu l’avais connu, tu ne dirais pas ça, dit-il en souriant tendrement.

– Tu n’étais jamais revenu ici depuis sa mort ?

– Non, c’est la première fois… Et je n’étais pas prêt, Sophie… Je n’étais vraiment pas prêt à revenir ici et je ne sais pas encore combien cela m’a affecté.

– Pourquoi as-tu choisi de revenir ? s’étonna-t-elle.

– Ce n’est pas moi… C’est…

Il se tut et la regarda intensément.

– C’est ma petite amie.

HE OUI! Il y a même un suspense de fou à la fin de ce paragraphe! Du genre : est-il encore en couple ou pas? Ya-t-il moyen pour Sophie de conclure avec ce gars finalement ou c’est mort? Mais en relisant mon texte, ça m’a inspiré une seule pensée : « lol ». Alors bon, quand on s’inspire à soi-même « lol », je pense qu’il vaux mieux revoir son projet.

Il a donc fallu que je déclare forfait sur ce scénario. Ce n’est pas avec Sophie et Damian que je finirai une histoire…

Pour la suite, j’ai déjà commencé le boulot et j’ai cette fois décidé de faire les choses de manière plus méthodique niveau intrigue. Je vous raconte la suite ici.

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5 réponses à “Journal d’écriture – Ma romance : premier essai

  1. Je vois que tu as déjà de quoi faire rougir ta grand-mère 😉 Dommage pour Sophie et Damian, leur histoire commençait fort…
    Une chose est sûre en tout cas, tu as l’art du suspense, on a hâte de lire le prochain épisode de ton aproche méthodique. Changerais-tu de sujet pour écrire sur l’art et les difficultés d’écrire un roman d’amour??

    • D’après mon expérience du paysage de la romance « courte », il vaut mieux commencer fort donc ce n’était malheureusement pas très original 😦
      J’espère que je vais « finir par en finir » avec cette histoire (parce qu’avec moi c’est pas gagné lol!) et que du coup je pourrais écrire un article sur les difficultés et les petits trucs du roman d’amour comme tu le suggères!
      Merci pour ton fidèle suivi en tout cas 😉

    • J’ai essayé de faire ça à une époque mais c’est vrai que ça me gêne un peu. Je trouve que les personnages et l’intrigue évoluent au fil de l’écriture et que de rédiger la fin en premier est contraignant.
      Par contre, il y a plusieurs histoires où je sais à peu près comment je veux que ça se termine quand je commence à écrire… Mais souvent, ça change 😉
      C’est comme ça que tu as fait pour ton bouquin, toi? La fin d’abord? Tu as trouvé ça plus clair pour écrire?

      • oui, même si la fin a changé un certain nombre de fois… cela me donnait un « objectif », notamment pour l’évolution des personnages. Et ca m’évitait l’impasse, du style « euh, bon, et maintenant, il se passe quoi? ».
        Après, une méthode en vaut une autre, du moment que ça te convient à toi.

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