Super Blonde ou le complexe de l’héroïne de « comédie pour filles »

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Super Blonde (en VO House Bunny) est une comédie américaine « pour filles » qui raconte l’histoire d’une ancienne playmate contrainte d’encadrer un groupe d’étudiantes coincées à l’université locale. Menée par deux actrices assez originales dans le paysage de la comédie girly, Anna Faris et Emma Stone, le film essaye de s’interroger sur les pressions que subissent les filles pour être parfaites : intelligentes mais pas trop brillantes, jolies mais pas trop bimbos… Malheureusement, les intentions des scénaristes (ils avaient déjà écrit La Revanche d’une Blonde un peu dans la même veine) semblent se perdre à cause de la volonté de rester un film de divertissement léger. Il y avait ce qu’il fallait pour réussir à soulever la question avec plus de subtilité, alors pourquoi est-ce que ça ne fonctionne pas?

Anna Faris et Emma Stone : tout un programme dès le casting

Occupant les rôles féminins titres de Super Blonde, on retrouve deux des jeunes premières les plus iconoclastes du Hollywood girly d’aujourd’hui. Faire appel à elles était déjà un manifeste en soi. On avait compris depuis longtemps que les comédies romantiques ou les teen movies marchaient mieux avec un brin d’humour. La plupart des actrices y ont leur lot de scènes rigolotes et semblent s’y plier avec joie. Anna Faris et Emma Stone, elles, sont au niveau supérieur. Quand elles sont drôles, elles ne s’embarrassent pas d’avoir l’air mignonnes, délicates, élégantes ou touchantes. Elles ne souffrent pas du « complexe de l’héroïne de chick flicks » qui veut qu’elles respectent un certain idéal féminin. Non, elles, elles y vont de leur bon rire franc, elles parlent avec une voix plus grave et plus rauque que leurs collègues, elles n’ont pas peur du ridicule et elles s’affranchissent de ces codes de la féminité qui ont longtemps voulu qu’une fille drôle devait utiliser l’humour pour renforcer son sex-appeal.

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Anna Faris dans (S)ex-List et Emma Stone dans Easy Girl

Leurs héroïnes sont attachantes mais elles ne sont pas toujours des modèles de grâce et de glamour. Anna Faris semble affectionner le rôle de la fille un peu vulgaire, un peu bimbo et dotée d’une vie sexuelle décomplexée. Dans Observe and Report, elle joue Brandi, une vendeuse beauté sans classe attirée par les hommes de pouvoirs. Dans la comédie romantique (S)ex-List, elle est Ally Darling, une héroïne originale dans son genre puisqu’elle a tendance à finir ses soirées ivre, dans le lit du premier qui lui plait et l’assume joyeusement (je parle du film ici). Emma Stone, de son côté, aime jouer les pince-sans-rire cyniques. Ce n’est pas surprenant que chacun de ses rôles la représente comme la fille un peu différente des autres : elle est Olive Penderghast dans Easy Girl, une lycéenne qui choisit volontairement de se construire une mauvaise réputation ou encore Hannah dans Crazy Stupid Love, la cynique décontractée qui fait tourner la tête du playboy joué par Ryan Gosling et se moque de ses techniques de lover quand toutes les autres femmes sont à ses pieds (j’en parle ici). Super Blonde est sorti en salles en 2008, alors que la carrière d’Emma Stone décollait tout juste mais les deux actrices y jouent déjà leurs personnages de prédilection. Emma, alias Natalie, est une geek maladroite qui s’assume. Anna est Shelley, une blonde bimbo experte en garçons et en sexe. Si ces deux personnages-types sont nécessairement un peu caricaturaux, ils permettent de se poser des questions utiles pour ne pas sombrer dans les pièges du « girly de consommation ».

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Les deux actrices au début de Super Blonde dans les rôles opposés de la bimbo et de la geek : ce que la fille moderne n’a pas vraiment le droit d’être si elle veut un peu de considération.

Une fille moderne doit être intelligente et belle?

Le thème du film est plutôt intéressant en soi, parce qu’il semble que les scénaristes ont essayé de creuser le sujet plus  en profondeur que la plupart des comédies du genre. SuperBlonde1Shelley (Anna Faris) vit dans le célèbre manoir du magazine Playboy. Sa vie se résume à faire la fête, plaire aux hommes, boire des cocktails et rêver d’être choisie pour poser nue. Orpheline, elle n’a pas beaucoup d’éducation et ne s’intéresse franchement pas à tout ce qui est intellectuel. A l’instar de l’héroïne rose-bonbon de La Revanche d’une Blonde, son côté girly n’en fait pas du tout une peste : elle est gentille et généreuse. Le lendemain de ses 27 ans, elle se retrouve pourtant obligée de déménager et doit trouver maison et emploi. Par hasard, elle tombe sur un cercle universitaire en faillite : la confrérie de la jeune étudiante Natalie (Emma Stone) est peuplée de filles associales, sans aucun sens de la mode et pas franchement jolies. Personne ne veut habiter avec elles et si elles ne parviennent pas à recruter 30 personnes rapidement, elles devront toutes quitter leur maison. Voyant les talents de Shelley pour ce qui est de draguer et de faire la fête – les ingrédients pour être populaires à la fac – les filles décident de l’inviter à les rejoindre. SuperBlonde5 Le film suit les étapes stéréotypées du genre : Shelley apprend aux filles à s’habiller et à se maquiller pour devenir populaires, ce qui marche. Elle leur donne plein de conseils sur comment doit agir une fille et ce qu’elle doit dire devant les hommes. Pourtant, elle se rend compte  que son image de playmate est peut-être un peu réductrice et décide d’élargir ses horizons. Elle travaille d’arrache-pied pour s’instruire puisqu’il lui faut, maintenant qu’elle est à la fac, être aussi intelligente que belle pour pouvoir maintenir son statut de femme idéale. Les étudiantes de la confrérie, elles, réalisent progressivement qu’elles sont en train de perdre leur âme et essayent de trouver un équilibre entre être attirantes selon les normes de la société et rester elles-mêmes. Le bon point du film, c’est qu’on ne nous dit jamais que Shelley avait tort d’être une bimbo, même si on montre que des gens lui reprochent sa superficialité. C’était déjà le propos très positif de La Revanche d’une Blonde où l’héroïne assumait sa légereté et son côté girly poussé à l’extrême sans devoir pour autant renoncer à l’intelligence et à la débrouillardise. A l’inverse, les filles un peu bizarres de Super Blonde essayent de ne pas perdre de vue que leur but n’est pas d’être populaires ou belles, que ce n’est pas ça qui leur apportera ce qu’elles cherchent. En bref, elles ne changent pas complètement. A la fin, elles choisissent même de recruter leurs nouvelles colocataires par simple tirage au sort afin de ne pas se faire influencer par les apparences ou d’autres clichés sur l’intelligence. Le film ne nous dit donc pas vraiment qu’il faut être ET belle ET intelligente, ni que l’un exclut l’autre : il essaye (assez confusément) de nous montrer que l’intelligence et la beauté sont des notions floues et multiformes. Là où le bât blesse, c’est que le message est incomplet : autant Shelley reste à peu près fidèle à elle-même (même si elle change de plan de carrière, elle finit par assumer son côté bimbo et ne renie pas son passé à Playboy, peu importe si cela signifie que certains la regardent de haut), autant les autres filles doivent quand même passer par la case relooking (même modéré) pour obtenir une certaine reconnaissance sociale. Si c’est une constatation plutôt réaliste (on a plus de chance d’attirer la sympathie en se conformant aux idéaux sociaux), j’ai trouvé dommage que l’originalité de ces héroïnes un peu bizarres ne soit pas plus mise en valeur et qu’elles doivent quand même s’aligner un minimum sur les standards de la société étudiante. Au départ, elles ne semblaient pas si malheureuses d’être en marge…

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Les trois phases vestimentaires de Natalie dans Super Blonde : difficile de trouver sa place entre ce qu’on veut être et ce que les autres veulent voir chez une jeune fille…

Le film partait donc d’une idée intéressante. On oublie trop souvent que la liberté, ce n’est pas de se conformer à un modèle jugé « libre » par d’autres, c’est avoir le choix de faire les choses qui nous mettent à l’aise, quelles qu’elles soient (dans une scène Shelley essaye d’avoir l’air plus classique et intellectuelle qu’elle ne l’est, ce qui tourne à la catastrophe – à l’inverse lorsque Natalie tente de jouer avec les codes du sexy à la Playboy, elle se plante en beauté). Il est toujours bon qu’un film grand public et qui joue sur les stéréotypes le rappelle. Malheureusement, en ayant probablement peur que la profondeur de la réflexion ne fasse fuir un public qu’on croit habitué à des généralités sur ce qu’est une bonne fille, le film a préféré employer des facilités comiques et des discours un peu gnangnans sur la tolérance pour emballer le tout. D’ailleurs, le slogan de l’affiche en français montre bien cette tentation de se vautrer dans les clichés pour plaire à l’audience : « Le dernier endroit où la rencontrer : l’université! » vise directement la playmate Shelley et sous-entend qu’on ne peut pas cumuler sex-appeal à la Playboy et intelligence académique (en anglais, c’est déjà un peu plus drôle).

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2 réponses à “Super Blonde ou le complexe de l’héroïne de « comédie pour filles »

  1. Je l’ai vu il y a un siècle et il ne m’a pas du tout marquée ! Il faudrait que je le revois avec en tête ton analyse !

    • Bon je ne sais pas si je conseillerai carrément de le revoir hein lol 🙂
      Il n’est pas fou-fou niveau scénario. Je ne me suis pas ennuyée mais c’est pas non plus le haut du panier du cinéma girly je pense. Comme je l’ai dit, yavait un fonds plein de potentiel mais c’est un peu gâché par l’obsession de faire un truc marrant, j’imagine…

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