Littérature mauricienne – Salogi’s par Barlen Pyamootoo

Après quelques mois, je reprends ma présentation de la littérature de l’Ile Maurice en m’attardant aujourd’hui sur le récit biographique de l’écrivain Barlen Pyamootoo publié en 2008 aux Editions de l’Olivier. Après l’histoire des « engagés volontaires » indiens racontée par Nathacha Appanah, celle des expulsés des Chagos racontée par Shenaz Patel, ou encore le conflit communautaire selon Alain Gordon-Gentil, on découvre un nouvel aspect de la société mauricienne, en lisant les souvenir de vie quotidienne d’une famille tamoule pauvre des années 50 aux années 90.

L’histoire

Salogis Barlen PyamootooLorsque sa mère Salogi meurt à l’âge de soixante-huit ans dans un accident, l’auteur, épuisé par le chagrin, décide avec amour de faire revivre sa mémoire en racontant sa vie et ses souvenirs d’enfance. Il nous décrit l’enfance pauvre et difficile de ses deux parents tamouls, leur proximité avec leurs frères, soeurs, cousins, oncles et tantes, leur travail acharné pour offrir une existence plus confortable à leurs enfants, les anecdotes familiales, le quotidien des villages mauriciens où ils ont vécu, puis l’émigration vers la France dans les années 70 et le retour à Maurice.

Les personnages sont nombreux, comme des centaines de visages de cette vie mauricienne, la sensibilité et l’intimité des épisodes touchante et le récit nous offre une vraie plongée dans un passé de l’Ile qu’on ne pourrait connaitre autrement qu’à travers les histoires orales que des témoins nous raconterait.

Mon avis

L’écriture de Barlen Pyamootoo est d’une grand luminosité dans ce récit. On ne peut s’empêcher de tourner les pages, dévorant ses souvenirs d’enfance et impatients d’en découvrir plus sur son passé et la vie mauricienne sur l’Ile ou en exil à l’étranger.

L’histoire est à peu près chronologique, même s’il revient parfois en arrière à cause d’un détail qu’il vient d’évoquer et qui lui rappelle quelque chose. Les relations aux personnages sont douces et un peu nostalgiques, comme si on parcourait l’album photo de nos grands-parents et les descriptions des lieux, sans être alourdies de longues phrases, parviennent à faire revivre avec force des paysages qu’on ne connait pas forcément.

Le livre est très touchant et porte une certaine légèreté puisque l’auteur n’essaye pas absolument de suivre une trame narrative mais peut changer de sujet d’un paragraphe à l’autre si son anecdote n’est pas plus longue que ça. En dehors du plaisir à lire qu’il procure, l’intérêt de ce récit vient beaucoup de ce qu’il nous fait découvrir sur la vie à l’Ile Maurice au XXe siècle et sur le quotidien et les rêves des familles peu fortunées dans les villages du pays. C’est aussi un portrait assez bref mais plein de sens d’une immigration française et du métissage progressif entre culture mauricienne et culture française.

C’est d’ailleurs avec une écriture et un choix des mots à l’esprit très français que Barlen Pyamootoo, diplômé de littérature française, nous ouvre la porte de ses souvenirs mauriciens. Un livre qui ne nous laisse pas voir passer le temps, sensible et tendre, nostalgique mais jamais pesant, qu’il faut lire si l’on veut découvrir l’Ile Maurice sous un autre angle que celui que l’on voit dans la partie « Histoire » des guides touristiques ou dans les salles des musées du pays.

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