Assassinat d’un militant congolais – L’Affaire Chebeya, un crime d’Etat?

Laffaire-Chebeya-affiche-du-film

Je continue de publier cette série d’articles sur les films de droits de l’homme parue précédemment sur le blog Citoyenne du Monde de Roxane. Je les ai légèrement remaniés et outre les films passionnants, leur résumé apprend déjà des choses!

Le sujet

L’Affaire Chebeya : un crime d’Etat?, un film de Thierry Michel, Belgique, 2011. Durée : 96 minutes. Production : Les Films de la Passerelle.

Floribert Chebeya était le leader de l’ONG « La voix sans voix » qui luttait pour les droits de l’homme en République Démocratique du Congo. Sa personnalité fédératrice et populaire lui valait d’être un véritable représentant de la société civile congolaise. Convoqué dans les locaux de la Police le 2 juin 2010, son corps est retrouvé peu de temps après dans une voiture en bordure de la ville.  Le chauffeur de l’ONG qui l’accompagnait, Fidel Bazana, est porté disparu et n’a à ce jour jamais été retrouvé. Les meurtriers ont visiblement essayé de faire passer la mort de Floribert Chebeya pour un crime sexuel mais trop d’éléments contredisent cette hypothèse.

Une enquête est donc lancée et plusieurs policiers sont arrêtés puis traduits en justice sans que leurs supérieurs ne soient inquiétés. Le film raconte l’enquête puis le procès, filmant à l’intérieur même du tribunal et au plus près des différents acteurs de l’affaire, écoutant les veuves, les policiers, suivant le travail des enquêteurs au jour le jour.

Commentaire

Affaire-Chebeya-Thierry-Michel-3-®passerelleThierry Michel connait très bien la République du Congo où il a commencé à tourner en 1992 avec son documentaire Zaïre, la trace du serpent. Depuis, il a réalisé de nombreux films sur différents aspects du pays comme Katanga business qui parle des réseaux d’influence dans l’exploitation minière du sud du Congo et son travail lui a valu le respect de nombreux congolais et notamment de la diaspora congolaise. Il avait ainsi rencontré très tôt Floribert Chebeya pour qui il avait beaucoup d’estime. L’Affaire Chebeya, raconte-t-il, est un film né sur « un coup de tête » : en apprenant la mort de son ami, le réalisateur décide de partir immédiatement au Congo pour filmer le deuil. Progressivement, son documentaire change de forme et devient une chronique judiciaire qui nous permet de vivre l’évolution du procès en même temps que l’on capte l’émotion que suscite la mort du militant.

La force du film réside peut-être dans la vision fine que Thierry Michel a du Congo. Loin des clichés de l’Afrique que l’on peut parfois retrouver dans certains documentaires, il met en lumière les contradictions du procès et la mobilisation populaire. Le rythme est entrainant, les scènes sont claires, on se trouve transporté dans un véritable récit de la réalité. En choisissant une narration chronologique, une utilisation parcimonieuse des commentaires, un découpage sobre et une mise en retrait totale de sa personne, le réalisateur nous permet de devenir un vrai témoin de l’affaire.

AffaireChebeya-La-cour-militaire-®Th-MichelPar son sujet même, le documentaire captive le spectateur et lui permet de découvrir une situation qu’il ignorait probablement. Pour ceux qui connaissent bien l’affaire, il semble qu’il y a aussi une véritable force dans ce film. Lorsque j’ai assisté à la projection, la salle était pleine à craquer. Les organisateurs avaient dû refuser du monde et malgré cela, certains spectateurs étaient assis par terre ; une situation que je n’ai pas revu au cours du Festival. Une bonne partie des personnes présentes faisait partie de la diaspora congolaise et l’atmosphère dans la salle était très animée tout au long du film : certains s’insurgeaient à haute voix devant les déclarations les plus douteuses, d’autres éclataient de rire et tous semblaient profondément adhérer au film. Pour moi qui n’étais pas vraiment familière de la vie militante congolaise ou de l’Affaire Chebeya, c’était une véritable plongée dans la réalité du pays. Le film devenait autre chose qu’un documentaire sur un écran : je le voyais vivre et je pouvais palper toute sa profondeur, tout son réalisme.

Après la projection, des personnalités clés de l’histoire, qui avaient assisté au film dans la salle, ont pu dialoguer avec les spectateurs. Nous avons ainsi eu l’opportunité d’avoir parmi nous Annie Chebeya et Marie-Josée Bazana, les veuves des deux sujets du documentaire, l’ancien ambassadeur de France au Congo, Maitre Mukendi, l’avocat principal du procès, Thierry Michel lui-même, la productrice et le responsable Afrique de la Fédération International des Droits de l’Homme. Voir les acteurs du film s’exprimer devant nous après les avoir vu à l’écran était une occasion exceptionnelle de ressentir l’affaire de manière très sensible.

Les discussions m’ont beaucoup appris et j’ai apprécié la finesse des réponses de certains intervenants. Maitre Mukendi, par exemple, a dit à la diaspora congolaise qu’ils devaient s’unir et s’organiser pour pouvoir agir et que leur rôle était très important pour faire avancer la situation au Congo. L’ambiance générale était à la dénonciation des injustices mais en gardant la notion de responsabilisation : chacun doit faire ce qu’il peut pour faire évoluer le pays et les droits de l’homme.

Floribert-Chebeya4-®Passerelle

Pour en savoir plus sur le film et sur l’affaire :

http://chebeya-lefilm.com/

http://www.rfi.fr/emission/20120313-thierry-michel-marie-josee-bazana

Séance du dimanche 11 mars à 20h dans le cadre du Festival International du Film des Droits de l’Homme au Nouveau Latina à Paris. Le film a été récompensé par le jury du Festival par le Grand Prix du Jury « Dossiers et grands reportages ».

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