Un an à la Cour Pénale Internationale : Le Procureur, de Barry Stevens

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Le sujet

Le Procureur (titre original : The Prosecutor), un film de Barry Stevens, Canada, 2010. Durée : 95 minutes. Production : White Pine Pictures.

Créée en 2002, la Cour Pénale Internationale a pour vocation de poursuivre les auteurs présumés de crime contre l’humanité quand leur pays d’origine ne peut pas assurer leur jugement. C’est au juge argentin Luis Moreno Ocampo qu’a été proposé le poste de procureur général. Célèbre en Argentine pour avoir instruit le procès des membres de la junte militaire, responsable de nombreuses atteintes aux droits de l’homme, Luis Moreno Ocampo est une personnalité charismatique qui utilise les médias et l’émotion de son public pour faire avancer une institution qui ne fonctionne que sur le bon vouloir des Etats membres. Comme il le dit lui-même, lorsqu’il a réussi à convaincre des gens sceptiques que les militaires argentins étaient coupables dans un pays divisé idéologiquement, il a su qu’il avait gagné son procès et c’est cette méthode qu’il réemploie à la Cour.

Le film de Barry Stevens suit le procureur et son équipe pendant un an à la Cour Pénale Internationale alors que s’ouvre le tout premier tribunal jamais tenu à la Cour. On voit ainsi comment Luis Moreno Ocampo planifie la tenue d’un procès dont l’issue sera particulièrement importante pour le bon fonctionnement de cette nouvelle institution internationale ou encore comment il justifie un mandat d’arrêt lancé contre le président soudanais accusé de génocide.

Tout au long du documentaire, Barry Stevens donne aussi la parole à un ancien juge de Nuremberg qui assiste l’équipe d’Ocampo, à un couple d’avocats de la Cour ou encore à un jeune militant qui voue sa carrière à la poursuite du chef de guerre ougandais Joseph Kony. En suivant les parcours de ces différents personnages, le réalisateur nous emmène dans les coulisses de la Cour à La Haye aux Pays-Bas, dans les salles de presse et de réunion des institutions internationales, auprès de gouvernements africains ou sur les terres des rebelles congolais.

Commentaire

barrystevens-procureur_300Barry Stevens, invité à commenter son film à la fin de la projection lors du Festival International du Film des Droits de l’Homme, a dit en riant qu’il espérait ne pas avoir fait un clip promotionnel de Luis Moreno Ocampo. Il est facile, a-t-il expliqué, de se laisser séduire par sa personnalité et ses côtés charmeurs. Et effectivement, c’est l’image que le film, qui porte bien son nom tant il fait du procureur son sujet central, donne d’Ocampo : une personnalité qui entretient son charisme et flirte avec les médias pour promouvoir sa cause, laissant parfois une sensation confuse à mi-chemin entre l’admiration et la méfiance. Il fallait sûrement quelqu’un comme ça pour faire de la Cour autre chose qu’un vernis humaniste sans efficacité : en effet, le film nous apprend que peu de gens croyaient vraiment qu’elle aurait un futur tant elle repose sur le bon vouloir des Etats à coopérer avec elle. Dépourvu d’un pouvoir exécutif qui l’appuie, la Cour reste impuissante si ses membres choisissent de faire la sourde oreille et doit beaucoup emprunter aux techniques de la diplomatie.

Pour celui qui ne connait ni Ocampo ni la Cour Pénale Internationale, ce documentaire est vraiment plaisant à regarder tant il est fluide et clair. En montrant les coulisses de la Cour, en interrogeant régulièrement le procureur et en présentant le point de vue de ses détracteurs et des médias, Barry Stevens nous permet de comprendre les bases de son fonctionnement, le débat qui l’entoure et le sens de sa mission.

Grâce à certaines scènes « sur le terrain » où le réalisateur nous emmène en Afrique, on approche aussi de l’aspect concret des situations dénoncées par la Cour. Ici, loin des bureaux hollandais, on voit le lien entre le droit, la justice internationale et la réalité du terrain.

Un documentaire peut-être un peu complaisant à l’égard du procureur mais qui parvient à retranscrire subtilement toutes ses ambiguïtés. A voir pour s’éduquer sur la Cour Pénale Internationale, surtout à quelques semaines du procès du président kényan Uhurru Kenyatta, accusé de crimes contre l’humanité et dont le Parlement a fait voter le retrait du pays de l’accord avec la Cour, risquant ainsi de remettre en cause sa légitimité. Cependant, après le procès historique du Congolais Thomas Lubanga, reconnu coupable de crimes de guerre le 14 mars 2012, on comprend mieux son importance sur la scène internationale. C’était la première fois depuis les grands procès de la Seconde Guerre Mondiale qu’une cour internationale condamnait un individu pour de tels crimes. Quand j’ai appris la nouvelle peu de temps après avoir vu le film, j’ai pensé au procureur, à son travail et j’ai pu mieux apprécier l’enjeu de l’issue de ce procès.

Article paru pour la première fois sur le blog Citoyenne du Monde de Roxane en mai 2012 et remanié.

Séance du lundi 12 mars à 20h dans le cadre du Festival International du Film des Droits de l’Homme au Nouveau Latina à Paris.

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