L’exercice de l’Etat : un film simpliste sur la politique qui se prend au sérieux

J’adore les fictions qui ont pour thème central la politique, mais vraiment pas cette fois. La plupart du temps, quand je n’aime pas un film, je passe à autre chose et il peut donc paraitre étrange que je chronique un film totalement anti-girly que je n’ai pas aimé sur ce blog. Sauf que voilà, parfois, il y a des films qui m’énervent tellement qu’il faut que je le dise. Surtout quand ils ont eu des critiques dithyrambiques! C’est le cas de L’Exercice de l’Etat de Pierre Schöller avec Olivier Gourmet et Michel Blanc.

Je ne sais pas pour quelle obscure raison, peut-être parce que c’est trop branché d’aimer les films pessimistes, mais en plus de ses 11 nominations aux Césars et 3 Césars effectifs, il a reçu d’exceptionnelles critiques de la presse avec des 5 et des 4 étoiles par conteneurs entiers! Une fois n’est pas coutume, le seul magazine spécialisé avec qui je m’entends c’est Les Cahiers du Cinéma qui lui a mis une seule étoile. Pour le reste, les journalistes crient au génie et je me demande bien comment on fait pour vivre dans des mondes aussi séparés…

L’histoire

lexercice-de-letatBertrand Saint-Jean est Ministre des Transports, un ministre « différent » disent ses collaborateurs, insinuant qu’il vient du peuple ou quelque chose comme ça… J’ai du mal à y croire car il a tout de l’élite française, y compris le nom, mais il ne faut peut-être pas se fier aux apparences? En tout cas, Bertrand est entouré d’une équipe assez limitée : une responsable de communication et un loyal conseiller. Plus tard, il reçoit en stage un chômeur longue durée, Kuypers, qui devient son chauffeur pour quelques semaines.

Si vous pensiez que le Ministre des Transports était l’un des hommes politiques les moins fascinants du gouvernement et que vous espériez le découvrir sous une autre facette ici, c’est raté. Son quotidien passionnant se résume à aller sur des lieux d’accidents pour faire des discours, promettre des trucs à des gens, s’engueuler avec un autre politicien sans étincelle, virer des collaborateurs et se bourrer la gueule avec arrogance chez ses employés. Visiblement, les « coulisses du pouvoir », ça se passe ici.

Mon avis

En vérité, même les éléments que j’ai cité auraient pu avoir quelque chose de captivant. Des tas de films et de séries ont su créer du suspense autour d’intrigues de ce type. Ici, ce n’est pas le cas. Tout est froid, cliché, la plupart des acteurs sont antipathiques et sans âme. Si c’est une métaphore de la politique que de faire ressentir froideur et arrogance, elle est particulièrement ratée car vraiment tracée à la serpe. Et si ce n’est pas voulu, ben c’est pas mieux : j’ai vraiment détesté de bout en bout Bertrand Saint-Jean sans qu’il puisse se racheter par un cynisme fascinant et si un ou deux personnages m’ont paru vaguement touchant, la plupart d’entre eux manquaient tellement de vie que j’ai beaucoup de mal à m’en souvenir.

Leur psychologie semble avoir été écrite sur le comptoir d’un bistrot PMU par des gars un peu bourrés qui s’encouragent à coup de « les hommes politiques, tous des pourris ». Tous ces clichés sur le vrai visage des politiciens que votre oncle ressort à Noël, lui qui n’a jamais mis les pieds dans un cabinet ministériel, on les voit égrenés dans le film sans passion, et je ne sais même pas si c’est fait exprès pour « dénoncer le système » ou si c’est aussi désagréable par maladresse. Leurs mesquineries et prises de bec personnelles dont on s’en fout totalement : on les retrouve dans le film. L’image du monde aux mains d’hommes blancs d’âge mur : on la retrouve dans le film. Le peuple désabusé qui hait les hommes politiques : dans le film!

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Bertrand a bien la tête de l’emploi : homme politique issu d’une élite dominante au look austère

Il y avait des choses qui auraient pu être très intéressantes, si elles avaient été mieux menées. Par exemple, comment l’équipe de communication travaille-t-elle pour transformer l’image du Ministre? Que se passe-t-il en cas de crise? Quels sont les stratégies des personnalités politiques pour faire avancer leurs causes, leurs partis et leurs carrières? Quel est le décalage entre un dirigeant qui vit dans un grand appartement parisien plein de dorures et son concitoyen qui est obligé de dormir dans une caravane faute de moyens pour terminer les travaux de sa maison? Peut-on vraiment prendre des décisions pour lui quand on n’arrive pas à imaginer ce qu’il vit, même quand on est chez lui? Malheureusement, tout cela est juste survolé, comme s’il suffisait d’évoquer rapidement des sujets les uns après les autres comme on fait des listes pour rendre le tout pertinent. Des séries comme A la Maison Blanche ou Borgen pour ne citer que deux exemples ont pourtant montré que la politique peut être passionnante sans forcément traiter des grandes affaires internationales avec du terrorisme dedans et donc de sujets aussi quotidiens que dans L’Exercice de l’Etat… Ce n’est donc pas le sujet le problème.

On a aussi une dose de scènes racoleuses et sexistes (d’ailleurs, les femmes sont quasi-inexistantes en dehors des deux compagnes et de la chargée de com’). Excusez-moi mais quel est le but de la scène d’ouverture, un non-sens total par rapport au film (ou peut-être une façon détournée d’annoncer sa vacuité et sa prétention) : une femme entièrement nue et épilée en ticket de métro se balade dans un grand appartement bourgeois en faisant des poses lascives avant de mettre sa tête dans la gueule d’un énorme crocodile. Puis le Ministre se réveille : ce n’était qu’un rêve! Rêve qui n’aura aucune résonance ailleurs dans le film : en gros, on commence le film en vous montrant une nana à poils et en se prenant la tête sur des symboles psychanalytiques.

Plus tard, on a droit à une scène de sexe totalement gratuite du Ministre avec sa femme. Début de scène : il débarque dans la chambre sans aucun lien avec la scène d’avant, elle signale qu’elle le désire (oui, les hommes de pouvoir comme Bertrand sont si irrésistibles), il fait sa petite affaire, 30 secondes chrono Madame est au Septième Ciel grâce aux talents virils de notre héros. C’est fini, scène suivante. D’où ça sort, pourquoi on nous montre ça? Nul ne le sait, à part peut-être pour confirmer l’adage qui dit qu’un homme politique français doit prouver sa crédibilité sexuelle (en ayant des maitresses, en exerçant un grand pouvoir de séduction, en faisant jouir sa femme) pour être crédible politiquement…

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Euh…??? C’est comme ça que commence un film sur la politique??

Enfin, dernière scène « racolage bonjour » : l’accident. Je vous le dis, c’est gore, c’est un élément scénaristique qui rend le Ministre encore plus antipathique… mais le film en fait une « chance » pour lui. Comment il arrive à retourner sa connerie en bénédiction? Voilà un truc intéressant à découvrir mais non, on ne nous l’explique pas, on n’a même pas l’air de penser que son attitude a posé problème et ça m’a juste laissé une impression de dégoût dans la bouche.

L’ascension politique de Bertrand, ses engueulades avec les collègues et ses « trahisons » n’ont rien de spectaculaire ou franchement intéressant… Mieux vaut lire Le Monde, on y rend beaucoup plus croustillants les différends entre ministres et les coups dans le dos. En gros, un film qui se complaît dans les pires clichés du cinéma français, donne une image fantasmée sans originalité de la politique en prétendant visiblement être cru ou peut-être cynique. Si le propos avait été plus subtil, j’aurais pu me dire que ma haine pour le héros et mon malaise marquaient la réussite du réalisateur et mettait le doigt là où ça fait mal en faisant, à tout hasard, une dénonciation de l’élite. Heureusement, la vie politique ce n’est pas ça : ça, c’est juste la vie inintéressante d’un personnage désagréable et imbu de lui-même.

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