Immersion à l’étranger: pourquoi je ne parle toujours pas couramment la langue?

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Le mois dernier, je lisais un article en ligne du journal britannique The Guardian qui s’attachait à s’expliquer qu’après une année d’échange à l’étranger, on ne parlera pas couramment la langue du pays. Le fond de l’article ne m’a pas plu mais je pense qu’il partait d’une observation très pertinente : beaucoup de gens partent à l’étranger avec comme motivation première d’améliorer leurs compétences en langues et en reviennent plein d’illusions brisées. Combien de jeunes Français ne parlent toujours pas si bien anglais après un ou deux ans à Londres, au Canada ou en Australie? Combien d’autres n’ont pas tellement avancé en allemand après y avoir séjourné plusieurs mois? J’ai moi-même vécu les deux situations : rentrer en France en parlant couramment une langue après un an dans le pays, et rentrer en France en n’étant pas franchement brillante dans une autre langue après six mois dans le pays. Je connais donc bien les principales « excuses » qu’on trouve pour expliquer ce qui semble être un échec.

1) « Ici tout le monde parle français/anglais »

Vous êtes tombés dans un pays ou un milieu où les gens parlent si bien français ou anglais qu’ils n’ont pas la patience de vous aider à progresser dans leur langue? Ou encore, vous attirez surtout des locaux enthousiastes à l’idée de pratiquer leur français ou leur anglais avec vous? Oui, ça complique les choses mais ça ne doit pas être une raison pour vous empêcher d’apprendre. Soyez honnêtes avec vous-mêmes : parfois cette raison est une confortable excuse pour ne pas vous « mettre en danger » en vous lançant dans la pratique d’une langue mal maitrisée tout en gardant bonne conscience.

Il y a toujours des gens qui parlent mal anglais/français ou sont prêts à vous aider à progresser. Si vous en connaissez mais ne les fréquentez pas beaucoup, il va falloir aller plus souvent bavarder avec eux. Et si vous les connaissez mais que vous parlez quand même une autre langue que la leur quand vous êtes ensemble… il faut vous remettre en cause : oui, ça sera plus dur pour vous et vous les comprendrez peut-être moins bien mais vous DEVEZ leur parler dans leur langue.

Et pour tous les autres qui initient les contacts en français ou en anglais, obstinez-vous à leur répondre dans leur langue, expliquez que parler votre langue vous retient dans votre intégration… Certaines personnes paraitront agacées… mais vous devez affronter cette mauvaise humeur (sauf si la personne est en train de vous rendre un service, vous n’allez pas en plus imposer les termes de la communication). Et puis beaucoup de gens sont en fait contents de parler leur langue avec vous, surtout s’ils voient que vous êtes dans une démarche d’apprentissage sincère.

Pour vous donner confiance, vous pouvez commencer par prendre des cours sur un site d’enseignement par Skype comme Italki. J’en parle ici, les prix commencent à 5 euros de l’heure en cours privé et ça vous donne la possibilité d’avoir quelqu’un qui est entièrement dévoué à votre apprentissage quand vous en avez besoin, n’importe où dans le monde (n’hésitez pas à utiliser mon lien de parrainage pour vous inscrire, ça vous permettra de recevoir environ 10 dollars US de crédit de départ).

2) « Je n’arrive pas à rencontrer des gens du pays »

Cette excuse ressemble beaucoup à la précédente : on n’arrive pas à communiquer avec des locaux dans leur langue et on finit par ne parler que français (ou anglais si on le parle bien). Sans pratiquer la langue qu’on est venu apprendre… comment progresser?

Si vous n’avez pas du tout d’amis du pays, je comprends que ça puisse être compliqué de pratiquer la langue. Dans certaines régions, en particulier dans les grandes villes, le nouveau venu n’est pas accueilli à bras ouverts et doit se démener pour rencontrer du monde. Si en plus vous avez des difficultés à communiquer, il peut paraitre compliqué de rencontrer des gens qui ont la curiosité et le temps pour vous faire découvrir leur langue et leur culture… Mais ça fait partie de l’expérience! Partir dans un pays étranger est généralement vendu comme fascinant et enivrant par ceux qui en reviennent mais ce n’est pas toujours facile. C’est à l’exilé de faire des efforts et des démarches pour rencontrer du monde. Si vos circuits d’activités habituels ne vous permettent pas de vous faire des amis du pays… il va falloir chercher ailleurs même si c’est moins plaisant!

Il faut sortir de votre zone de confort. Si tous les gens que vous croisez ou à qui vous avez l’occasion de parler sont Français ou étrangers, il va falloir aller chercher les locaux ailleurs. Dénichez une association de quartier ou universitaire qui attire des gens du pays, un club de sport en équipe ou très porté sur les événements sociaux, essayez de faire un petit boulot qui vous met en contact avec des collègues ou des clients locaux (évitez le restaurant français ou le baby-sitting chez des Français par exemple, refusez toutes les colocations où les Français ou étrangers parlant mal la langue locale sont en majorité). Evidemment, ce n’est pas toujours drôle de se retrouver au club de ping-pong de la ville quand tout le monde parle vite avec des termes que vous ignorez, ce n’est pas toujours drôle de ne pas comprendre la requête d’un client après l’avoir fait répéter cinq fois, et ce n’est pas toujours drôle non plus quand on veut discuter de questions pratiques sur les courses communes avec ses colocataires et qu’on est incapable de faire des phrases claires. Mais parler couramment une langue étrangère c’est comme tout : ça implique d’être passé par des phases d’apprentissage pas toujours très amusantes.

En attendant de vous faire un petit groupe de contacts locaux, trouvez-vous des amis étrangers qui parlent bien la langue locale et ne leur parlez plus que dans cette langue… Oui, même s’ils sont Français, c’est un pas important… Et certains Français, contrairement au sentiment de gêne qu’on éprouve entre compatriotes, n’y verront pas d’inconvénients. Ne vous demandez pas si c’est ridicule : apprendre une langue signifie aussi mettre sa fierté de côté pour atteindre ses objectifs.

Comme pour le point précédent, une alternative temporaire pour entretenir votre pratique en attendant de trouver du monde peut être de suivre des cours de langue par Skype ou d’échanger avec un correspondant sur une plateforme comme Italki.

3) « J’ai l’occasion de pratiquer la langue mais mon travail/mon occupation ne me permet pas de le faire assez »

Si vous devez parler français ou anglais à longueur de journée pour votre travail (par exemple vous enseignez le français ou votre entreprise utilise l’anglais comme langue de travail) et que ce n’est pas les langues que vous souhaitez apprendre, il peut être compliqué de trouver du temps pour progresser. Même si vos collègues sont du pays, impossible de perdre une demi-heure à leur expliquer en termes confus ce que vous auriez pu dire dans une langue mieux maitrisée en cinq minutes. Au boulot ou à la fac, on a d’autres priorités. Et dans votre temps libre, vous ne fréquentez probablement pas que des gens du pays, ce qui réduit considérablement vos moments de pratique et n’est pas suffisant pour progresser rapidement.

Dans un premier temps, essayez de travailler surtout votre compréhension. Le soir ou au petit-déjeuner, regardez des films ou la télé dans la langue locale même si ce n’est pas trop votre truc (avoir une télé ET une radio locale est un gros gros atout quand on veut apprendre la langue). Dans les transports, écoutez la radio. Au début, vous ne comprendrez pas forcément grand-chose et ça peut être frustrant quand le film a l’air très bien mais qu’on ne sait pas vraiment ce qu’il s’y passe, de même que s’endormir parce que le rythme de mots inconnus à la radio nous fait somnoler est une expérience fréquente. Mais petit à petit, votre oreille s’habituera aux sons, aux intonations, aux accents. Essayez de répéter les phrases qui reviennent souvent, de vous récapituler mentalement ce que vous avez compris et de chercher une explication sur Internet. Oubliez les films sous-titrés en français : ne faites plus que de la VO! Je vous promets que ça donne des résultats!

Essayez aussi de lire le journal, d’écrire les mails courts dans la langue du pays. Et finalement, préférez habiter avec des locaux quand c’est possible afin de ne pas avoir besoin de sortir de chez vous pour pratiquer la langue après le travail.

4) « J’ai l’impression de ne pas être très doué-e pour la langue »

On a tous autour de nous des gens qui semblent brillants pour les langues étrangères. En quelques semaines, ils arrivent à bavarder avec n’importe qui, se font des amis en VO et semblent en plus le faire avec de l’esprit! Est-ce qu’ils sont plus doués? Non, souvent ils sont simplement moins gênés. Une de mes grands-mères a appris quelques bases d’anglais il y a 70 ans et aucune autre langue. Pourtant, je l’ai déjà retrouvée en pleine conversation en italien, en espagnol, en anglais… et son interlocuteur ne semblait jamais s’ennuyer. En fait, elle adore parler et rencontrer du monde, ce qui fait qu’elle fait tout pour pouvoir communiquer. Elle utilise les gestes, invente des mots, répète ce qu’elle vient d’apprendre, mélange avec le français et mobilise toutes ses connaissances dans la langue, même si elles sont très basiques. C’est comme ça que fonctionnent les gens « doués en langue ». Ils veulent parler et ne se préoccupent pas de savoir s’ils ont « le niveau » pour ça ou pas.

Tout le monde n’a pas ce genre de personnalité naturellement… Mais ça se travaille. A vous de ravaler votre fierté et de vous lancer dans le bain. On ne devient pas doué en langues si on n’essaye jamais de parler. Etre dans le pays, c’est la scène idéale pour se jeter à l’eau. Imitez vos amis et parlez avec tout le monde sans vous demander si votre grammaire est correcte ou pas… Vous verrez, vous progresserez comme ça!

Et bien sûr, petite précision : certaines langues très différentes de votre langue maternelle demanderont forcément un peu plus de travail que d’autres. Aussi, ne vous comparez pas au Polonais qui excelle en russe en un mois quand vous n’y comprenez toujours rien aux déclinaisons : vous ne partez pas du même point car vous n’avez pas les mêmes réflexes grammaticaux… Dans le cas de langues éloignées (langues asiatiques par exemple), il faut faire un peu plus d’efforts mais ce n’est toujours pas impossible!

En conclusion : même dans le pays, apprendre une langue étrangère demande du travail

Personne n’a dit qu’une langue étrangère était facile à apprendre. Un certain mythe voudrait qu’il suffise de baigner dans un environnement linguistique approprié pour en resortir bilingue. C’est faux. L’apprentissage d’une langue sans effort… ça n’existe pas. Même les doués en langues font des efforts (c’est juste qu’ils prennent ça comme un challenge ou ne s’attardent pas sur les moments plus difficiles), même les enfants font des efforts (ils connaissent la frustration d’être incompris, la difficulté à trouver leurs mots… mais ils ont l’habitude de ce genre de fossé entre les experts et eux et c’est pour ça qu’ils ne s’arrêtent pas à ça). Il faut parfois en passer par des phases qui mettent à mal notre timidité, nous poussent à faire des choses pas toujours agréables pour progresser. Parfois c’est stiumlant et drôle mais d’autres fois on tatônne, on tombe, on se trompe, on se sent un peu humilié-e, on se sent nul-le et frustré-e de ne pas avancer… et puis finalement, si on n’abandonne pas en cours de route, un jour on regarde derrière soi et on se rend compte qu’en fait, on a fait un bon bout de chemin!

Apprendre une langue étrangère, ce n’est pas un processus magique et c’est pour ça que « partir un an à l’étranger » ne sera JAMAIS suffisant pour parler couramment anglais, espagnol, allemand, chinois ou tout ce que vous voulez. Cette année à l’étranger doit s’accompagner d’une démarche volontaire, d’une fierté qu’on ravale. Et pour que ça soit un plaisir, focalisez-vous sur les résultats, les petites victoires plutôt que sur la frustration et le sentiment de pâtiner. En persévérant quand on vit à l’étranger, il n’y a pas de raison qu’on n’arrive pas à casser ce mur de la langue!

Et si vous avez l’impression de déjà rencontrer du monde, de regarder la télé et de parler depuis des mois sans grand effet, prenez des cours de conversation intensives, apprenez du vocabulaire entre deux pauses, parlez encore et encore plus souvent, réduisez votre temps de parole, de lecture et d’écriture en français (ou anglais) encore plus drastiquement! Ce serait vraiment bête de laisser filer cette opportunité d’être à l’étranger en ne mettant pas tous les outils de votre côté.

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16 réponses à “Immersion à l’étranger: pourquoi je ne parle toujours pas couramment la langue?

  1. C’est ça lorsqu’on est dans un pays où il n’y a pas d’effort à faire pour en apprendre la langue, on ne l’apprend pas ! Malgré mes nombreuses années au Maroc, je vais comprends globalement la langue mais je suis bien incapable de faire une phrase correcte ! La facilité des pays francophones… 😦

    • Oui c’est sûr que vivre dans un pays francophone c’est l’une des situations les plus « pièges » 🙂 ! Mais au moins, tu dis que tu comprends bien, ça veut dire que le jour où tu te forceras vraiment à parler quotidiennement, ça ira assez vite! En plus, l’arabe n’est pas une langue proche du français donc ça prend forcément plus de temps que pour l’espagnol disons 🙂

      • En fait c’est surtout un souci de prononciation. Je pense que notre palais est configuré d’une certaine façon lorsqu’on est enfant et une fois qu’on a grandi il y a des sons qu’on est incapables de prononcer correctement. Du coup je me bloque et je fais pas l’effort de parler même avec un accent de merde. Mais oui je suppose que si je le voulais vraiment j’y arriverai !

        • En fait, je pense que même si les enfants apprennent plus vite, tout ne se joue pas à ce moment-là et peu de choses sont vraiment définitives. Le palais est important mais pas tellement sa forme car c’est surtout la position de la langue ou de la lèvre qui va influencer les sons. C’est pour ça que beaucoup d’adultes arrivent à maitriser la prononciation de langues très complexes mais c’est vrai qu’il y a des techniques pour apprendre la prononciation : où placer la langue sur les dents, le palais, les lèvres, comment ouvrir sa bouche etc. Et ça peut être très difficile à trouver seul (c’est pour ça que même en anglais beaucoup de Français ont du mal avec le son « th », ils ne savent pas comment positionner leur langue). Ceci dit, réussir à être « parfait » en prononciation n’est pas très important : surtout qu’en arabe il y a tellement de variantes!
          Mais en tout cas, l’apprentissage d’une langue est vraiment un cheminement personnel et on n’a pas forcément toujours assez d’énergie disponible pour ça 😉

  2. Un très bon article ! Et ça me donne quelques pistes pour essayer d’apprendre le suédois quand je serais sur place dans quelques mois… Là-bas tout le monde parle l’anglais, ce qui est génial (je voudrais revenir bilingue en anglais et je pense que j’en ai les capacités) mais ça ne me ferait pas de mal d’apprendre la langue locale aussi !

    • Merci 🙂

      Il n’y aucune raison que tu ne parles pas couramment anglais en rentrant (même si ça reste un anglais « international » plutôt qu’un anglais « pur »)! Je parle beaucoup de l’anglais comme obstacle pour les cas justement comme la Suède mais ce que je dis s’applique aussi à l’anglais en Suède : ça demandera un peu d’efforts car la tentation du français dans les communautés d’expats existe là-bas aussi 😉
      Et pour le suédois, je sais que ça demande plus de détermination que dans d’autres pays pour réussir à pousser les gens à te parler en suédois mais si tu t’accroches, il n’y a pas de raison 😉 Et pour le coup, commencer avec des gens dont c’est le rôle de te parler en suédois (échange linguistique, prof sur Skype ou autre) peut être un bon moyen de dépasser la barrière des débuts de l’apprentissage. 🙂

      En tout cas c’est cool que tu aies l’occasion de partir! Tu y restes combien de temps?

  3. Quand je suis arrivée au Japon, je n’avais qu’un objectif : améliorer mon japonais. Pour ça je me suis coupée de toute relation française sur place (sur internet j’utilisais quand même le français, pour la famille et les amis, évidemment) et ai décidé de ne parler que japonais. Ce n’était pas compliqué car étant la seule française de mon école et les autres ne parlant pas anglais, je n’aurais de toute façon pu communiquer qu’en japonais.
    Il faut vraiment avoir une volonté de fer et pouvoir/vouloir se couper de son pays pendant quelques mois mais le résultat en vaut la peine.
    Pour ma part, grâce à cela, mon niveau a incroyablement évolué et si c’était à refaire je referais pareil.
    Depuis que j’ai quitté l’école et que je travaille, je n’utilise toujours que le japonais au quotidien mais ça ne me dérange pas de me faire des connaissances française. Le cap est passé ^^.
    Par contre j’ai toujours envie de progresser mais j’ai l’impression que les progrès se font de moins en moins rapides (je n’étudie plus aussi xD)

    Je suis tout à faire d’accord sur le point concernant la télé, radio ect… c’est vraiment un truc qui marche 🙂

    • Merci pour ton témoignage Béné! 🙂

      Je n’ai pas été jusqu’à conseiller dans mon article de se « couper » de toutes ses connaissances françaises car ça peut pas mal déprimer 😉 : on a parfois besoin de se retrouver avec des gens qui nous comprennent (c’est d’ailleurs un peu ce que raconte Jeanne dans le témoignage suivant)! Mais ceci dit, être UNIQUEMENT dans un milieu d’immersion est effectivement extrêmement efficace et un peu l’idéal si on s’en sent capable et que notre objectif est vraiment la langue.

      Pour la progression, je pense que c’est normal d’avoir l’impression de ne plus progresser aussi vite quand on a un niveau avancé. Au départ, chaque mot et chaque point de grammaire nous permet de faire des bonds incroyables dans la communication. Quand on apprend 50 nouveaux mots en niveau débutant, on gagne un palette incroyable. Mais 50 nouveaux mots quand on parle déjà couramment, ça n’est qu’un petit « bonus » : on est dans le registre de la subtilité et l’apprentissage de la subtilité est moins spectaculaire que l’apprentissage de zéro 😉

      Avec ma première langue, j’ai eu cette impression de progès stagnants aussi et j’ai un peu changé mes activités. Je regardais beaucoup la télé, je parlais avec les gens, écoutais des cours, traduisais en français… et j’y arrivais très bien, c’était devenu facile. Mais en fait, j’écrivais peu dans la langue, je faisais peu de discours devant une audience de natifs de cette langue et jamais de traduction du français vers la langue. En m’y mettant, j’ai franchi un nouveau cap alors que je pensais que je ne pourrais plus vraiment progresser. Encore une fois, au-delà d’étudier, il s’agissait pour moi de sortir de ma zone de confort pour avancer! 🙂

  4. Moi aussi, j’ai vécu un peu les deux situations. Un séjour en Pologne, même d’un mois seulement, m’a vraiment boosté dans mon apprentissage de cette langue, alors que mon expérience de deux semestres en Erasmus en République a été mitigée. J’étais pourtant très déterminée à ne pas me laisser enfermer dans les cercles d’étudiants étrangers et très motivée à rencontrer des Tchèques, mais… ça ne s’est pas fait plus que ça, voilà. Au bout d’un semestre, je me sentais horriblement seule et déprimée, alors je me suis donnée le droit de traîner davantage avec les autres étrangers. J’avais d’ailleurs comme excuse que côtoyer des Polonais me faisait aussi pratiquer mon polonais… Pour ce qui est de mon expérience réussie en Pologne, je réalise qu’il s’agissait d’une situation assez spéciale. Les autres étrangers que j’ai été amenée à fréquenter avaient un solide polonais parlé (souvent parce qu’ils étaient d’un autre pays slave) et, en revanche, pas toujours un très bon anglais! Alors la langue de communication avec eux est naturellement devenue le polonais; j’ai bien dû me forcer. En même temps, je me suis aperçue que parler avec des non-natifs était extrêmement décomplexant! Le piège, c’est qu’ils font aussi parfois des fautes et qu’on peut naïvement les imiter, mais ils parlent aussi moins vite, de façon moins complexe ou idiomatique, et on se sent moins « jugé ».
    J’ajoute que, personnellement, je suis incapable de « me lancer » à parler une langue dont je ne connais pas bien la grammaire (sauf l’italien, que j’ai jadis parlé couramment et qui me revient par souvenirs). Je sais, c’est stupide! Mais je suis comme ça, et je ne suis jamais parvenue à changer. Et ça ne m’a pas trop mal réussi, heureusement… On peut aussi être doué en langues parce qu’on aime la grammaire et qu’on a une bonne mémoire pour ces trucs qui donnent des maux de tête aux autres! 😉

    • Mais tu parles plein de langues alors (polonais, un peu de tchèque, italien, anglais…)??? 🙂

      Bien sûr, je ne veux pas non plus dire qu’il faut « culpabiliser » ou se mettre dans des conditions qui nous rendent malheureux pour apprendre une langue : ça doit rester globalement une expérience stimulante, pas déprimante! C’est pour ça que je ne suis pas non plus « pour » conseiller de se couper totalement des Français ou autres étrangers. On fréquente des gens d’abord parce qu’ils sont intéressants 😉 Je pense que dans ce genre de cas où on a du mal à rencontrer des gens du pays, il ne faut pas hésiter à aller les chercher sur Internet avec des correspondants Skype par exemple, et mettre en pratique dans la vie réelle ce qu’on apprend avec eux en ligne.
      Tu étais débutante en tchèque ou tu parlais déjà?

      Pour les fautes qu’on apprend auprès des non-natifs, je ne pense pas que ce soit vraiment un problème. Beaucoup de gens disent que ça te « fixe » les fautes mais je ne suis pas d’accord. Je pense que ce qu’il faut gagner, c’est d’abord l’aisance et la confiance qui permet de communiquer plus facilement avec les vrais experts de la langue. Ensuite, on corrige plus ou moins consciemment ces fautes au fur et à mesure qu’on progresse. Et puis les gens qui parlent couramment font rarement des fautes très graves!

      Pour la grammaire, j’étais comme toi mais après avoir passé des années à apprendre la grammaire d’une de mes langues, à maitriser vraiment bien les bases et à avoir toujours du mal à m’exprimer à l’oral, j’ai réalisé qu’il fallait que j’arrête de jurer par la grammaire!
      Maintenant, je demande à mes profs de bien faire en sorte que la grammaire soit simplement un outil parmi d’autres pour progresser et non le coeur de mon apprentissage comme ça l’est dans le système scolaire français. Petit à petit, la compréhension de la grammaire devient intuitive et à force de pratiquer, on la comprend concrètement (par exemple, je ne sais pas comment ça t’a fait avec le polonais mais moi j’ai toujours été bonne en exercice écrit sur les déclinaisons mais incapable de choisir la bonne au moment de parler ou de l’identifier rapidement à la lecture… la pratique m’a permis de « sentir » le sens des déclinaisons, ce qui restait très théorique pour moi jusque là) 🙂

  5. Après en général, une année ça ne suffit pas vraiment. Pour la Corée, les personnes étrangères qui ont un bon niveau de coréen sont au moins restées 3 ans (et 3 ans pour parler un bon coréen c’est plutôt rapide!) Je trouve que y’a aussi ce fantasme que de rester une année ça suffit pour parler une langue ! Et c’est totalement faux xD
    Moi j’ai lamentablement échoué en coréen malgré mes 5h de cours par jour et un volontariat de 3 mois. ^^’
    J’ai des bases très limitées qui me permettent quand même d’aller au restaurant, prendre le taxi, expliquer qui je suis mais ça se limite à ça :p Je comprends un peu près ce qu’on me dit.
    Par contre regarder des dramas ou écouter de la Kpop ne m’a absolument pas du tout aidée, pourtant je ne regarde et n’écoute que ça :p

    • Merci pour ton témoignage!

      Une année ça suffit largement pour certains 🙂 Mais comme je l’explique dans l’article, ce ne sont pas des personnes qui se contentent d’être dans le pays en espérant progresser, ces personnes sont actives H24 pour que ça leur serve (ce n’est pas un jugement 🙂 ).
      Et puis ça dépend du niveau qu’on souhaite atteindre. En France, on considère souvent que « savoir parler » c’est l’équivalent de parler sans faute. Or les personnes les plus douées en langue sont déjà très contentes de pouvoir se faire comprendre, même avec plein de fautes, et peuvent donc estimer « parler » à partir du moment où elles peuvent discuter de tous les sujets 😉

      Perso, je ne pense pas que 5h de cours soient suffisantes en soi. A mon sens, il faut pratiquer la langue dans un contexte vivant. Donc les 5h de cours doivent servir de support pour utiliser les nouvelles connaissances tout le reste de la journée. 5h de cours puis je rentre chez moi pour parler français, les progrès sont forcément limités. Idem pour le volontariat : tu parlais coréen pendant ce volontariat ou non? Car ce que je veux expliquer dans l’article c’est que « baigner » dans un environnement linguistique pendant 3 mois ne se suffira jamais en soi : il faut être particulièrement actif pendant ces 3 mois pour progresser.

      Et pour les dramas, tu les regardais avec sous-titres? Pour moi, les sous-titres (surtout dans une autre langue que celle parlée) limitent clairement la progression. Ils permettent de s’habituer aux sons et à la prononciation mais je trouve très dur d’imprimer des mots et des phrases quand notre cerveau est concentré sur une traduction dans une autre langue 🙂
      Idem pour la Kpop. Moi je ne fonctionne pas très bien avec la musique, j’accorde peu d’attention aux paroles et la prononciation est souvent un peu spéciale donc ça n’aide pas toujours. Par contre, certaines personnes qui ont une mémoire très musicale vont pouvoir retenir des phrases, des expressions et des tournures grammaticales à force de les entendre. Mais bien sûr, si tu pars de zéro connaissance, il faudra apprendre la langue en dehors de l’écoute de la musique pour que ces connaissances passives puissent être mobilisées 🙂
      En gros, les dramas aident à la compréhension et à engranger des réflexes grammaticaux mais pour transformer cette connaissance passive en connaissance active, il faut encore une fois beaucoup de pratique. On ne passe pas brutalement d’heures d’écoute passive à un parler courant 😉

      Voilà, ça m’intéresse de savoir si tu pratiquais la langue ou si tu étais surtout dans une phase d’apprentissage dites « passive ». Le mot « passif » ne veut pas dire que tu n’en foutais pas une hein 😉 C’est simplement pour dire que tu « recevais » les enseignements sans forcément les réutiliser dans un contexte « vivant » où tu étais la personne qui produisait la parole (conversation avec des gens par exemple).

  6. (Pour le contexte, je suis allée en corée pendant un an et demi il y a 5 ans en échange univ’ et j’y suis retournée cet automne 2 mois)

    Peut-être pour des langues proches du français, comme l’italien, oui une année ça peut suffire, mais pour le coréen ça me parait plus difficile (mais l’apprentissage du japonais ou du chinois en amont aide grandement) tu parles d’attitude active, je suis justement cette nana américaine sur YT qui a fait une vidéo et qui dit à peu près la même chose que toi, il lui a fallu 3 ans à peu près ^^ (https://www.youtube.com/watch?v=8fXrdqLaOKY elle est très drôle^^) Comme toutes mes connaissances en Corée qui ont quand même eu besoin de 2 ans minimum pour savoir bien se débrouiller et des cours bien intensifs à côté.

    Ah oui mais moi je suis typiquement la française terrifier à l’idée de parler et de faire des fautes. J’en suis bien consciente 😦 J’arrive à parler coréen que dans des situations où je suis toute seule en gros/ou quand je suis obligée (le pire étant que je m’impressionne à chaque fois). Si y’a quelqu’un avec moi (un coréen par exemple où une personne qui se débrouille en coréen) on parle en anglais et je la laisse faire pour commander/parler en coréen. Je perds toutes mes facultés dans ces cas là xD Mais j’ai eu quelques bonnes surprise quand j’étais en Corée cet automne : quand je suis allée fermer mon compte coréen toute seule ou quand je demandais des kimbap sans oeufs sans viande sans poisson xD ou quand des coréens me parlaient parce que j’étais toute seule avec mes bagages sous la pluie et que je disais « j’attends ma copine elle va arriver..ah on est côté de la bibliothéque? ok je vais l’appeler » + 10 points de confiance ^^

    Le problème c’est que en plus de 5h par jour de coréen j’avais aussi 3h de cours en anglais en plus l’aprem :s Je ne me cherche pas des excuses mais je crois que mon année universitaire ou j’avais le plus de boulot. J’étais complètement KO.

    A mon volontariat, je devais un peu parler en coréen avec les enfants oui, ce qui se limitait à « bonjour » « écris ça » « répète ça » « assieds toi » « arrête-toi ». ^^

    Oui je regarde drama et films en ST anglais. Impossible de regarder avec des sous titres coréen, je serais juste incapable de comprendre quoi que ce soit. Dans les émissions coréennes il y a des sortes de sous titres (qui mettent en avant les propos les plus importants je pense) que j’essaye de lire mais dur à suivre si je dois à la fois écouter + lire les ST anglais et lire les ST coréen ^^ (mais j’essaye). Et en général, je comprends mieux les étrangers qui parlent coréen, c’est vraiment plus simple)

    Et je chante (en hangul c’est ma seule fierté) mes chansons kpop préférés xD Je sais pas si ça m’aide mais en tout cas, je refuse de chanter en romanizé (puis je sais pas lire le coréen en romanisé)

    Non mais clairement ton article est tout à fait juste. Je disais juste qu’un an c’est hard pour une langue réputée très difficile comme le coréen (ou le japonais ou l’hindi, ou le russe, bref tout ce qui s’éloigne du français/italien/espagnol… enfin je dis ça j’étais aussi naze en italien au lycée :p ) surtout si tu es en échange en universitaire et qu’a côté t’as 15h de cours en anglais à gérer (et à valider).

    Mais je valide tout à fait ton article

    • Honnêtement, je pense que l’hindi ou le russe peuvent bien se maitriser en un an d’immersion réelle (ce serait pas parfait hein mais déjà bien suffisant). Je ne peux pas m’avancer pour les langues d’Asie de l’est que je ne connais pas mais c’est vrai que j’ai entendu dire que le chinois était très difficile à maitriser en si peu de temps. Ceci dit, je pense que beaucoup des gens que j’ai entendu dire ça sont très exigeants 🙂 A l’inverse, les gens qui apprennnent l’hindi sont dans un contexte différent : l’Inde est un pays totalement multilingue où les habitants parlent souvent couramment 2, 3 ou 4 langues, l’hindi n’est pas la langue maternelle de beaucoup d’Indiens donc il y a une décontraction beaucoup plus grande par rapport à cette langue. Du coup, je pense que la sensation de mal parler est beaucoup moins ressentie 🙂

      Pour ta situation, c’est un peu ce que je décris dans l’article. C’est sûr que quand tu parles anglais dans les situations de la vie courante et coréen en cours principalement, tu es très ralentie dans ta pratique. Mais c’est tout-à-fait compréhensible quand tu bosses à fond, c’est normal. Apprendre une langue, ça fatigue 🙂
      Pour les sous-titres, je pense qu’il faut un peu lâcher prise. Il faut se dire « ok, c’est pas grave si je comprends pas trop ». Après si c’est vraiment rien du tout, je suis pas sûre que ce soit particulièrement utile mais pourquoi pas commencer avec des trucs pour enfants?

      Et je vois tout-à-fait ce que tu veux dire avec les expériences qui redonnent confiance 🙂 Il faut s’autoriser à les vivre un peu plus souvent parce qu’on se rend compte alors qu’on n’est pas aussi nul qu’on croit! Cet été, je suis partie dans un pays dont j’apprends la langue (mon niveau est intermédiaire). Parfois, je rôdais autour du cinéma ou du café avant d’acheter un billet ou une pâtisserie en préparant ma phrase dans la tête en ayant peur d’avoir l’air bête… mais quand je m’autorisais à parler, j’étais capable de discuter de points complexes de grammaire, je m’impressionnais moi-même ahah! Perso, ça me rassurait parfois d’avoir un autre étranger avec moi. Je me disais « bon de toute façon, ils nous entendent parler dans une langue étrangère donc ils s’attendent à ce que je sois étrangère »… et le fait que je les savais « prêts » à accueillir mes phrases imparfaites me donnait plus confiance 🙂

      Tu n’as jamais rencontré de Coréens dont l’anglais n’était pas très très bon?

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