La Belle et la Bête: relation abusive, syndrome de Stockholm? Pas dans le conte!

Avec l’annonce de la sortie d’un prochain remake Disney de La Belle et la Bête dans lequel jouera Emma Watson, on parle à nouveau de la morale de ce conte fantastique. Pour beaucoup d’analystes, en particulier ceux et celles utilisant un angle féministe, l’histoire raconterait une relation amoureuse violente et abusive et Belle vivrait un véritable syndrome de Stockholm, s’attachant à un homme qui la séquestre et la maltraite. En réalité, cette trame narrative n’existait pas dans le conte que j’évoquais déjà dans mon article sur les princesses. Disney a transformé un homme bon qu’une jeune femme apprend à connaitre en un homme égoïste et arrogant qu’une jeune femme doit « aimer » et « changer ». Cette vision du récit qui impose à une héroïne captive la tâche de sauver son ravisseur et de lui être dévouée malgré ce qu’il lui fait subir a été reprise dans d’autres versions comme dans le film pour ados Sortilège avec Alex Pettyfer et Vanessa Hudgens. Elle colporte l’idée dangereuse qu’un homme violent change quand on l’aime suffisamment et que s’enfuir en courant n’est pas la bonne attitude.

Comment sera le remake? Espérons que Disney reviendra à la source en reprenant les éléments du conte plutôt que celui de son dessin animé que j’aime beaucoup mais qui donne pourtant des leçons un peu troubles. Analysons les différences entre les deux versions.

Qui est la Bête?

L’introduction du dessin animé de Disney pose tout de suite les bases : le Prince sous la peau de Bête est un homme plutôt mauvais qui est incapable de voir la beauté intérieure :

Le prince était un homme capricieux, égoïste et insensible. Un soir d’hiver, une vieille mendiante se présenta au château et lui offrit une rose en échange d’un abri contre le froid qui faisait rage. Saisi de répulsion devant sa misérable apparence, le prince ricana de son modeste présent et chassa la vieille femme. Elle tenta de lui faire entendre qu’il ne fallait jamais se fier aux apparences, et que la vraie beauté venait du cœur. Lorsqu’il la repoussa pour la seconde fois, la hideuse apparition se métamorphosa sous ses yeux en une créature enchanteresse. Le prince essaya de se faire pardonner, mais il était trop tard car elle avait compris la sécheresse de ce cœur déserté par l’amour. (…) Avant la chute du dernier pétale de la fleur magique, le prince devrait aimer une femme et s’en faire aimer en retour pour briser le charme. Dans le cas contraire, il se verrait condamné à garder l’apparence d’un monstre pour l’éternité.

En revanche, le conte raconte une histoire inverse et tient un tout autre discours. Dans cette version, la Bête était un prince vertueux, beau et intelligent qui a été transformé par une fée maléfique comme il le révèle à la fin :

Une méchante fée m’avait condamné à rester sous cette figure, jusqu’à ce qu’une belle fille consentit à m’épouser, et elle m’avait défendu de faire paraître mon esprit. Ainsi, il n’y avait que vous dans le monde, assez bonne pour vous laisser toucher à la bonté de mon caractère.

Ce n’est donc pas un homme à punir et plein de torts mais une victime au grand coeur et c’est sa beauté intérieure à lui qu’une inconnue doit découvrir. La Belle comprend d’ailleurs immédiatement quel genre de personne il est et le répète tout au long du conte :

La Belle ne put s’empêcher de penser que la Bête était bien complaisante, qu’elle n’avait rien à craindre d’elle. Cela est vrai, dit la Belle, car je ne sais pas mentir ; mais je crois que vous êtes fort bon.

******

Vous avez bien de la bonté, lui dit la Belle. Je vous avoue que je suis bien contente de votre cœur ; quand j’y pense, vous ne me paraissez plus si laid (…) je vous aime mieux avec votre figure que ceux qui, avec la figure d’hommes, cachent un cœur faux, corrompu, ingrat.

******

Belle se voyant seule, sentit une grande compassion pour cette pauvre Bête : Hélas ! disait-elle, c’est bien dommage qu’elle soit si laide, elle est si bonne !

******

Chaque jour, Belle découvrait de nouvelles bontés dans ce monstre.

On a là une situation bien différente de celle de la Belle de Disney qui affronte une Bête impatiente et colérique qui la prive de nourriture devant son refus de dîner avec lui le premier soir. A l’inverse, la Belle du conte est elle couverte de cadeau dès son arrivée, appelée reine et s’entend dire de son hôte : « Il n’y a ici de maîtresse que vous. Vous n’avez qu’à me dire de m’en aller si je vous ennuie ; je sortirai tout de suite.« 

Belle-et-la-bete-tarrant

Illustration de Margaret Tarrant, 1915.

Pourquoi la Bête retient-elle Belle en captivité?

Dans le Disney, le père tête en l’air de Belle se perd dans la forêt. A moitié mort de faim et de froid, poursuivi par les loups, il se réfugie dans le château de la Bête où il est très mal reçu par l’un de ses serviteurs métamorphosé en objet animé. Les autres ayant pitié de lui, il est nourri et réchauffé jusqu’à ce que la Bête le découvre et entre dans une colère noire, furieuse que cet étranger ait pénétré sa propriété. Le père de la Belle est enfermé dans un sombre cachot mais Belle ayant retrouvé sa trace supplie la Bête de le libérer si elle devient sa prisonnière à vie en échange. Tout aussi brutalement, la Bête accepte le deal, refuse au père de faire ses adieux et ne donne une chambre confortable à sa captive que parce qu’un serviteur a plaidé sa cause. En somme, la Bête du Disney est très fidèle à son portrait de départ : c’est un homme égoïste et violent qui n’a pas de coeur puisqu’il n’était pas prêt à secourir le vieux père.

belle-et-la-bete-disney01

Dans le conte, la situation est très différente. Le père de Belle se perd lui aussi dans la neige et croit qu’il va mourir de faim, de froid ou dévoré par les loups. Par chance, il tombe sur un beau château désert où il est accueilli royalement par un hôte invisible : il trouve de quoi manger à sa faim et même au-delà puisqu’il est même gâté avec du chocolat, se voit offrir un lieu où dormir confortablement, s’habiller proprement et se réchauffer – même son cheval reçoit les meilleurs soins possibles! C’est bien sûr la Bête qui lui procure tous ces bienfaits en restant caché. Plusieurs fois, le père se réjouit de cette fabuleuse hospitalité mais au moment de partir, il se souvient d’une promesse faite à la Belle : elle voulait qu’il lui ramène une rose et il y en a justement dans le jardin du château. Il en cueille une et c’est là seulement que la Bête se montre,  furieuse et menaçante. Cependant, la colère de la Bête n’est pas irrationnelle et elle prend même la peine de s’expliquer :

Je vous ai sauvé la vie, en vous recevant dans mon château, et, pour ma peine, vous me volez mes roses que j’aime mieux que toutes choses au monde.

Elle décrète ensuite que pour cette ingratitude, le châtiment doit être la mort.

Arrêtons-nous deux minutes sur ce retournement de situation a priori un peu disproportionné pour nos yeux modernes. La Bête a offert l’hospitalité sans rien attendre en retour au vieux père : c’est un devoir presque sacré qu’il a rempli dans toutes les règles de l’art et qui montre que c’est un homme d’honneur. Mais le père a répondu en lui dérobant quelque chose de précieux. Pour quelqu’un qui prend à coeur le concept d’hospitalité de la Renaissance, c’est extrêmement grave : le père de Belle a abusé de la bonté de son hôte en le volant, et même s’il ne se rendait pas compte de ce qu’il faisait, c’est une trahison du plus haut niveau qui ne peut être impunie.

Belle-et-la-bete-boyle

Illustration d’Eleanor Vere Boyle, 1875.

Pourtant, la Bête montre une certaine clémence. Lorsque le père évoque ses filles, son hôte lui accorde de passer trois mois auprès d’elle avant d’être exécuté et lui propose même de l’épargner si une de ses filles accepte de revenir pour mourir à sa place. Malgré cette offre un peu perverse, il ne veut pas de dérives et insiste sur le fait que cette fille doit être absolument consentante. Quand la Belle arrive au château, ayant pris la place de son père puisqu’elle se sent responsable, il se tient à cette exigence et vérifie qu’elle est venue de son plein gré. Enfin, malgré son altercation, la Bête tient toujours à ses responsabilités d’hôte puisque le père est renvoyé chez lui chargé de richesses.

Contrairement à la Bête de Disney qui séquestre Belle et son père parce qu’il est égoïste et violent, celle du conte a ses raisons et cherche à éviter toute cruauté gratuite. Une fois que Belle arrive chez lui, il la traite bien et abandonne l’idée de l’exécuter.

La Belle et la Bête, une histoire d’amour?

La thèse de la relation abusive ne fonctionne pas avec le conte en partie parce que la Belle n’est pas amoureuse de la Bête. Elle éprouve de l’affection et choisit de s’unir à elle de manière parfaitement rationnelle car elle évalue qu’il a toutes les qualités pour faire un mari correct. Elle n’est donc pas victime d’une manipulation perverse et choisit cet homme comme époux en grande partie pour son propre intérêt.

Pendant la plupart de leurs interactions, Belle est très lucide : elle trouve son hôte bien laid et s’en désole d’ailleurs car elle apprécie ses qualités personnelles. Elle n’a pas peur de lui dire franchement ce qu’elle pense de son physique et n’est absolument pas ambigue sur ses intentions matrimoniales.

Vous me chagrinez, la Bête ; je voudrais pouvoir vous épouser, mais je suis trop sincère, pour vous faire croire que cela arrivera jamais. Je serai toujours votre amie, tâchez de vous contenter de cela.

La Bête l’autorise à rentrer chez elle pour retrouver son père malade et la jeune fille découvre les mariages malheureux de ses deux soeurs égoïstes qui ont choisi leurs époux soit parce qu’il était beau soit parce qu’il avait de l’esprit (du charisme, qu’il était séduisant dans sa manière de parler). Leurs échecs amoureux la fait réfléchir à sa propre relation avec la Bête dont elle n’est toujours pas amoureuse mais qui lui parait avoir les qualités idéales pour un époux :

Est-ce sa faute, si elle est si laide, et si elle a peu d’esprit ? Elle est bonne, cela vaut mieux que tout le reste. Pourquoi n’ai-je pas voulu l’épouser ? Je serais plus heureuse avec elle, que mes soeurs avec leurs maris. Ce n’est, ni la beauté, ni l’esprit d’un mari, qui rendent une femme contente : c’est la bonté du caractère, la vertu, la complaisance : et la Bête a toutes ces bonnes qualités. Je n’ai point d’amour pour elle ; mais j’ai de l’estime, de l’amitié, et de la reconnaissance.

Elle retourne vers la Bête qui se meurt d’amour et accepte de l’épouser, réalisant une fois cette décision prise qu’elle éprouve peut-être plus que de l’amitié. Cette évolution de sentiments est probablement une « récompense » pour ses choix avisés plus qu’une vraie prise de conscience puisqu’une bonne fée intervient alors et félicite Belle en soulignant qu’elle va y gagner la possibilité d’exercer un pouvoir politique.

Belle, lui dit cette dame, qui était une grande fée, venez recevoir la récompense de votre bon choix : vous avez préféré la vertu à la beauté et à l’esprit, vous méritez de trouver toutes ces qualités réunies en une même personne. Vous allez devenir une grande reine : j’espère que le trône ne détruira pas vos vertus.

Dans le conte, le coeur de l’histoire n’est donc pas la naissance de sentiments amoureux et la passion entre deux êtres mais les qualités personnelles des deux personnages principaux. Belle a toujours été une personne dotée de qualités royales et son expérience avec le prince maudit est en réalité une épreuve finale pour tester sa capacité à réellement régner. La relation avec la Bête est donc un test au bout duquel elle gagne un époux parfait. Belle ne mettra jamais l’amour conjugal ou le devoir d’épouse au centre de sa vie car ce n’est pas ce qui compte vraiment pour elle. Les mots finaux du conte sont d’ailleurs qu’ils vécurent longtemps « dans un bonheur parfait, parce qu’il était fondé sur la vertu » et non sur la passion.

Belle-et-la-bete-crane

Illustration de Walter Crane, 1874.

Dans le dessin animé de Disney, Belle choisit la Bête car elle en tombe amoureuse en dépit de sa laideur. Les sautes d’humeur de la Bête lui font d’ailleurs ressentir avec bien plus d’émotion ses moments de gentillesse. Cette capacité qu’a le prince métamorphosé à souffler le chaud et le froid, à être imprévisible dans ses réactions, peut effectivement faire penser à une relation abusive puisqu’il place Belle dans une situation de fragilité et d’insécurité émotionnelle. L’héroïne du conte, elle, ne parvient pas à ressentir de désir amoureux pour un homme aussi affreux et n’apprécie la Bête que parce que sa générosité est constante. Son affection est parfaitement lucide et on peut difficilement y voir une situation de dépendance même si elle cupabilise d’être ingrate et que la Bête insiste un peu trop dans ses demandes en mariage.

Le rôle de « sauveuse » de Belle est aussi très différent dans le conte et le dessin animé. Chez Disney, la Bête doit absolument trouver une femme qui tombe amoureuse de lui dans un temps limité, alors que dans le conte, il ne semble pas y avoir d’ultimatum ni même vraiment de sentiments requis pour lever le maléfice. Comme la Bête de Disney est violente, cette rencontre amoureuse est censée le réformer, le faire progresser, lui donner une leçon de vie. En bref, la Belle est là pour le sauver et c’est donc la Bête dont le développement personnel importe. Dans le conte, il n’y a pas vraiment de raison au sort dont le prince est victime. Il n’est pas là pour changer car il était déjà parfait : ce sont les qualités et le développement personnel de la jeune femme qui saura voir au-delà des apparences qui est au coeur de l’histoire.

belle-et-la-bete-disney02

Conclusion

Chez Disney, la Belle subit et prend sur elle pour le salut d’un homme violent ; dans le conte, la Belle prend sur elle pour progresser. La Belle de Disney rappelle donc beaucoup plus les personnes victimes de violences conjugales qui se sentent obligées d’aider ceux qui les font souffrir que la Belle du conte.

Pourquoi avoir transformé le récit initiatique d’une héroïne en un film sur l’évolution d’un homme égoïste aux dépens d’une jeune femme? Je ne sais pas ce qui a motivé Disney mais cela montre en tout cas les références culturelles et valeurs dans lesquels son Belle et la Bête a été créée. En modifiant quelques éléments, son remake pourrait rester charmant sans glisser insidieusement aux petites filles qu’elles doivent s’oublier, pardonner et ne plus faire si attention à leur bien-être pour vivre une véritable histoire d’amour.

En tout cas, le conte n’est pas le récit d’une relation abusive : rendons justice à la Belle, véritable héroïne du conte.

Advertisements

9 réponses à “La Belle et la Bête: relation abusive, syndrome de Stockholm? Pas dans le conte!

  1. Superbe analyse, je n’aurais pas dit mieux. Malheureusement, Disney arrive toujours à distordre les histoires originelles et à en faire quelque chose de … différent. Heureusement que la plupart de ces histoires sont accessibles, en Europe, sous leur format d’origine. Très belles illustrations, soit dit en passant.

    • Merci! Parfois cette différence ou évolution des personnages est intéressante (la Reine des Neiges est totalement différente de Frozen mais ça reste cool) mais c’est dommage que le studio ait minimisé l’indépendance des héroïnes pendant un moment…
      Je trouve effectivement ces illustrations très jolies : les illustrateurs des contes pour enfants ont toujours été très inspirés 🙂

  2. Bonjour, c’est très bien de rappeler un certain nombre de choses : les transformations effectuées par Disney et Hollywood en général, ces derniers temps, (contrairement aux films des années 80-90 de type Alien ou Jurrassic Park dont les réalisateurs n’hésitaient pas à donner du pouvoir au femmes sans se sentir menacés), m’ont l’air d’être hélas davantage dues à une véritable volonté de « remettre les femmes à leur place » qu’à autre chose, parce que ça arrive trop fréquemment pour être dû au hasard. Pour ceux qui seraient intéressés, les articles du site ci-dessous sont assez parlants : http://www.lecinemaestpolitique.fr/category/tous/

    • Bonjour Caro!
      Merci pour la visite!

      Je ne pense personnellement pas que ça ait « empiré ». La Belle et la Bête est un dessin animé sorti en 1992, donc justement dans la période qui te parait plus intéressante pour les femmes qu’aujourd’hui 😉 Et des Disney bien plus ancien comme Blanche-Neige (1937) ou Cendrillon (1950) avaient déjà énormément insisté sur l’aspect « romance » de la vie des héroïnes de contes. Les quelques films que tu cites sont plutôt des exceptions dans le paysage des années 80-90 (c’est d’ailleurs pour ça qu’ils marquent) et je trouve à l’inverse que dans les années 2010, on a plus naturellement des têtes d’affiche femmes que dans les années 80, même si ça reste imparfait.
      Chez Disney aussi, ça évolue : Maléfique réécrit la Belle au Bois Dormant de manière plus centrée sur les femmes, La Reine des Neiges transforme les relations entre femmes etc. Ce n’est pas encore parfait mais je pense que ces dérives de Disney et d’Hollywood sont bien plus anciennes et révèlent la mentalité de tout le 20e et même le 19e siècle! C’est pour ça que c’est important de réfléchir et de remettre en cause ces représentations bien ancrées.

      Pour Le Cinéma est politique, c’est effectivement un site que j’aime beaucoup et qui fait réfléchir même si je suis loin d’être d’accord avec toutes leurs analyses donc merci pour le partage 😉

      • De rien 😉 En tout cas ton point de vue est intéressant et oui, je suis comme toi, si je lis toutes les analyses du « Cinéma est politique », je ne suis pas toujours d’accord avec tous les arguments. En tout cas c’est bien de pointer certaines dérives / divergences entre les originaux et les adaptations, ce qui montre bien que les points de vue varient selon les époques et le message qu’on voudrait faire passer (non, y’a rien d’innocent 😉 ).

        • Certains messages sont peut-être « innocents » dans le sens où les auteurs ne se sont pas posés de questions sur des notions qu’ils tiennent pour acquises… mais ça révèle beaucoup sur l’ambiance dans laquelle ils baignent en tout cas!

  3. Je réagit un peu tard puisque je viens de lire ton article suite à une madmoizelle qui l’a partagé sur le forum.

    Il fait l’unanimité, en revanche je ne suis pas tout à fait d’accord… Le « syndrome de Stockholm » est à mon sens autant présent dans le conte que dans ses adaptations. Belle reste prisonnière du chantage perpétré par la bête. Je trouve ça plus insidieux et tout aussi violent ou plutôt pervers. Elle est prisonnière des fautes de son père et des menaces de mort qui pèsent sur celui-ci. bref tout n’est que chantage: chantage affectif, chantage de mort. Cela décrit une forme de violence tout aussi perverse et insidieuse que des violences physiques. D’ailleurs, je ne crois pas que dans le dessin animé la bête touche à un seul petit bout d’ongle de Belle. Il gueule beaucoup et casse des trucs (à lui… Oui ça a son importance 🙂 pour connaître un petit peu les dossiers de violences conjugales…Les affaires cassées sont rarement celles du conjoint violent d’où l’absence totale de « perte de contrôle » dont ils se défendent). Choses que moi même je peux faire sans pour autant être taxée de « conjointe violente ». Du coup je trouve que comparer cela à des violences conjugales c’est un peu de l’abus de langage. De même, c’est Belle qui décide de partir à la recherche de son boulet de père et non lui qui vient la chercher pour la « vendre », bien au contraire, il essaie de la persuader de le laisser là et de fuir, chose qu’elle refusera de faire.

    Le dessin animé a le mérite de dépeindre une jeune fille intelligente qui a du caractère et qui refuse de se conformer aux autres. Elle tient tête à la bête (on la voit toujours lui faire face fièrement et elle gueule quand ça va pas) et respecte ses engagements jusqu’à la fin. Elle ne commence à s’adoucir que lorsque la bête fait tomber le masque du monstre irascible et impulsif pour montrer une personnalité plus empathique.

    Après chacun y voit ce qu’il veut voir 🙂

    Inversement pour rebondir sur un autre Disney qui a fait parler de lui autrement : La reine des Neiges. Je ne comprends pas pourquoi on fait d’Elsa une figure du féminisme pour les enfants. Je ne vois aucune indépendance chez elle. Je la trouve faible, incapable de faire face à ses émotions ou de casser le carcan dans lequel ses parents l’ont mis. Sa sœur est déjà plus indépendante et sait se remettre en question. En plus je ne vois pas du tout à quel moment du film elle dit qu’elle n’a pas besoin d’homme hein… Bien au contraire, à la mort de ses parents (son père…) elle perd totalement pied et c’est sa sœur qui la remettra dans le droit chemin.

    Je ne pense pas détenir une vérité absolue, je dis juste mon avis 🙂 j’espère que cela ne te vexera pas, j’ai trouvé ton article très bien fait et intéressant malgré tout

    • Salut Luma!

      Bien sûr que non, ça ne me vexe pas que tu donnes ton avis! 🙂

      Dans le conte, je pense qu’on reprocher une chose à la Bête : elle répète sa demande en mariage tous les jours alors que la Belle lui dit toujours non et sous-entend même qu’elle ne changera jamais d’avis. On peut également lui reprocher de faire dans le mélo quand la Belle rentre chez son père en disant qu’il périra d’amour si elle ne revient pas. Ces deux éléments sont effectivement des pressions psychologiques qui peuvent orienter la Belle dans sa décision d’épouser la Bête.

      Néanmoins, la Bête traite très bien la Belle, comme il a bien traité son père avant qu’il ne le vole. La Belle est donc présente chez lui pour une question de justice (la Bête étant un seigneur, il représente la justice sur ses propres terres), ce n’est pas une captivité arbitraire. Le seul véritable chantage qu’il fait, c’est ce quasi-chantage au suicide quand elle part. Or, je pense que la Bête est en fait en train d’exprimer tout haut ce qu’il ressent plus que d’exercer une pression sur la Belle car il pourrait parfaitement lui dire qu’il va mourir quand elle tarde à revenir vers lui… mais il ne le fait pas. En outre, la Belle reste chez son père plus longtemps que prévu parce que ses soeurs la manipulent mais la Bête lui manque. Son retour n’est donc pas le seul fruit de la culpabilité.

      La Bête de Disney EST décrite comme un homme mauvais avant sa rencontre avec la Belle, et ce par des personnages extérieurs au couple. On ne peut pas nier que le conte raconte sa rédemption à lui et qu’il lui est absolument nécessaire que Belle tombe amoureuse de lui. Dans le conte, ce n’est pas le cas. Il n’est pas nécessaire de la « rendre amoureuse » pour que le sort soit levé ou tout simplement survivre, et ça enlève un gros risque de toxicité affective à leur histoire.

      Et oui, la Bête de Disney devient réellement un homme bien mais le message reste dangereux d’un point de vue symbolique : il suggère qu’une femme doit perséverer face à un homme violent et horrible parce qu’elle peut le changer à force de douceur et d’amour. Dans le conte, le message est différent car la Belle ne doit pas ignorer la violence (inexistante) de la Bête, elle doit au contraire regarder sa bonté et sa générosité. Elle ne doit pas non plus le changer mais elle doit se demander à elle-même de quoi elle a besoin pour être heureuse. La question de ses propres aspirations est cruciale pour le conte, beaucoup moins pour le dessin animé. Dans le conte aussi, la Belle est intelligente, elle a du caractère etc. mais au moins, elle n’a pas besoin de « tenir tête » à l’homme qui veut l’épouser! C’est là où il y a « syndrome de Stockholm » : dans le conte, la Bête n’est JAMAIS violente avec la Belle ou ne la fait se sentir en insécurité, dans le dessin animé, si!

      Pour Frozen, je ne pense pas qu’Elsa en elle-même soit considérée comme un personnage « féministe ». Ce qui est féministe pour un Disney c’est qu’elle soit reine de plein droit, que l’amour qui la sauve soit celui de sa soeur et non d’un homme et qu’elle estime que le mariage ne devrait pas aveugler le jugement des femmes.

      Elsa a aussi plu à beaucoup de spectateurs, féministes ou non, car on l’a élevée en lui ordonnant de cacher une part importante de son identité et de ne jamais révéler sa force parce que la société ne l’accepterait jamais autrement. Cette description correspond à beaucoup de personnes discrimnées. Par exemple, plusieurs homosexuel-les se sont reconnu-es en elle, mais elle peut aussi représenter les femmes à qui on apprend à ne pas avoir l’air trop « puissante ». C’est le fait qu’elle soit opprimée et sa réaction face à cette oppression (que tu juges « faible » mais qui est en fait très réaliste) qui intéresse les militants, beaucoup moins le fait qu’elle soit supposément « indépendante ». D’ailleurs, ce n’est pas la mort de ses parents qui lui faire perdre pied mais le fait que son « secret » soit exposé et qu’elle craigne (à raison) le rejet des autres, la plus grande peur que ses parents ont instillée en elle. Anna la libère de son errance parce qu’elle accepte une différence qu’Elsa a toujours cru devoir lui cacher. C’est après le film en fait qu’Elsa sera réellement en mesure de s’épanouir parce qu’elle réalise qu’elle n’est pas seule face à son secret.

  4. Pingback: Pêle-mêle du dimanche | Romanceville·

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s