Befikre – Bollywood s’installe à Paris pour une joyeuse comédie romantique

J’en parlais dans mon article sur les films de Bollywood partiellement tournés à Paris, la dernière comédie romantique de Yash Raj se déroule exclusivement en France, et principalement à Paris. C’est une première à Bollywood et une expérience particulière pour le réalisateur célébrité Aditya Chopra! A tel point que beaucoup espèrent que sa sortie sera suivie d’une hausse du tourisme indien. Cette éventualité a même été avancé par Ranveer Singh, l’acteur principal, lors d’une cérémonie en présence de la Maire de Paris Anne Hidalgo et de l’ambassadeur d’Inde en France. Quant aux offices du tourisme des régions représentées dans le film, elles assurent travailler sur des packages à destination des Indiens… En attendant un effet économique, Bollywood a-t-il su capturer l’essence de Paris? Le film est encore en salles en France!

L’histoire

Un film avec : Ranveer Singh, Vaani Kapoor, Aarman Ralhan, Akarsh Khurana, Ayesha Raza Mishra. Réalisé par : Aditya Chopra. Production : Aditya Chopra/Yash Raj Films.

befikre-affiche2Arrivé tout droit de Delhi pour faire du stand-up dans un nouveau bar parisien, Dharam (Ranveer Singh) est aussitôt charmé par la vie française mais rencontre certaines difficultés à séduire les femmes qui lui plaisent. Alors qu’il participe à une fête sur les bords de Seine, il croise Shyra (Vaani Kapoor), une jeune Française d’origine indienne. Enjouée et libre, Shyra apprécie les talents de danseur et la bonne humeur de Dharam mais elle n’a pas l’intention de commencer une quelconque relation amoureuse. Elle accepte alors la proposition du jeune homme : du fun et du sexe mais pas de sentiments sérieux et pas de scène de couple niaise. Shyra et Dharam se lancent mille défis et font les quatre cents coups dans tout Paris. Puisque leur vie à deux est une vaste fête, ils décident d’emménager ensemble… mais la cohabitation se passe très mal et se termine en rupture violente.

Un an après leur séparation et quelques prises de conscience plus tard, ils deviennent meilleurs amis, se confient sur tout et se soutiennent pour tout. Aucune ambiguïté ne semble plus planer sur leur relation… mais la situation peut-elle vraiment perdurer lorsque un nouveau petit ami rentre dans le tableau?

Mon avis

Befikre est un film léger et sans prétention. En le prenant comme tel, j’ai vraiment passé un super moment et j’avais le sourire tout au long de la séance! Les personnages sont bien peu conservateurs, ce qui fait que l’intrigue pourra déplaire à un public qui recherche des Bollywood très classiques à la Devdas, avec des patriarches exigeants et des héroïnes pudiques. Ici, on est plus proche d’une comédie romantique américaine que de Dilwale Dulhania Le Jayenge ou Mohabbatein, les films avec Shah Rukh Khan qui ont fait le succès du réalisateur Aditya Chopra. Celui-ci a expliqué que depuis son premier film, la société indienne et surtout la place des femmes avaient bien changé. Sa nouvelle comédie romantique se devait donc de porter cette évolution.

En outre, en dehors du décor exclusivement français (Paris, la Côte d’Azur et la Picardie), Aditya Chopra s’est entouré du équipe technique majoritairement française afin de pouvoir travailler comme sur un premier film, loin de ses repères familiers. Le directeur de la photographie, le chef décorateur ou encore le costumier sont tous Français. Par conséquent, je trouverais bien dommage que ce film ne soit diffusé que dans le petit cercle des « amateurs de Bollywood en France » car je suis persuadée qu’un public français bien plus large pourrait s’y retrouver.

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Pour en venir à l’histoire, l’énergie et la bonne humeur du couple Vaani Kapoor-Ranveer Singh fait tout le charme du film mais leur relation générale, notamment leur amitié, m’a complètement séduite. J’ai adoré la manière dont Dharam conseille son ex pour ses rendez-vous amoureux, comment il sympathise avec son nouveau copain ou comment celle-ci lève les yeux au ciel quand il sort à moitié nu de sa chambre pendant une partie de jambe en l’air avec sa nouvelle copine. En fait, j’ai trouvé leur relation d’ex tellement sympathique que j’avais presque envie qu’ils ne se remettent pas ensemble mais difficile de trouver un meilleur compagnon de vie pour Shyra. Même si son alchimie avec Ranveer Singh fonctionne beaucoup mieux en tant qu’ami qu’en tant qu’amant, je vois mal avec quel petit copain elle pourrait se sentir aussi bien.

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Un aspect de leur relation que j’ai apprécié, c’est leur rapport à la danse. Dans Befikre, Dharam et Shyra se lient à travers la danse même si le film prétend que c’est à travers leurs défis. C’est parce que Dharam est un excellent partenaire de danse et qu’il donne tout sur la musique que Shyra craque la première fois, elle le dit elle-même le lendemain. Vers la fin du film, ils sont invités à danser ensemble sur une scène. Encore une fois, leur partenariat est supposé être improvisé mais les deux s’accordent si bien que le public est enthousiaste. Cette scène peut sembler un peu déroutante au premier abord car elle est un peu plus réaliste que les chorégraphies habituelles pour ce genre de moment. Par exemple, dans Yeh Jawaani Hai Deewani ou dans Band Baaja Baaraat les deux héros font un vrai show, alors qu’ils ne sont pas supposés être pros. Mais ici, Dharam et Shyra se lancent sur la musique comme un couple de très bons danseurs le ferait à l’improviste et on veut bien croire que ça colle parce qu’ils se connaissent par coeur. La scène m’a convaincue car au fur et à mesure qu’ils se lancent dans ce numéro auquel ils ne voulaient pas participer, les deux héros sourient de plus en plus et ont l’air de prendre de plus en plus de plaisir. Pour moi, cette scène représente parfaitement ce qu’est la danse pour un amateur, cette joie insouciante, cette connexion enthousiasmante qui se forme avec les autres danseurs, cette envie de continuer à danser encore et encore tant que le musique nous plait. Dharam et Shyra partagent cet amour de la danse et contrairement à ce que beaucoup de critiques indiennes affirment, je ne crois pas que leurs soirées de fête soit juste un divertissement superficiel. Quand on aime danser librement, ce n’est pas très surprenant d’aimer sortir comme ça.

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Les critiques indiennes affirment que Ranveer Singh porte le film. Et c’est vrai qu’il est drôle, plein de vie et d’énergie, séduisant le public avec naturel comme dans Band Baaja Baaraat dans lequel son rôle était déjà très proche de celui-ci. Le seul moment où il m’a un peu ennuyée ses pendant les passages de stand-up. Dharam est immature, parfois un peu lourd, il fait des blagues limites… mais on ne peut pas s’empêcher de lui pardonner parce que sa sincérité balaye tout et que sa joie est communicative. Et on ne peut pas non plus s’empêcher de trouver qu’il ferait un petit ami très adéquat, et en tout cas un formidable meilleur ami.

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Pourtant, c’est le personnage de Shyra qui m’a particulièrement plu. C’est une héroïne assez atypique pour une romance bollywoodienne. Ce n’est pas la première héroïne Indienne qui a grandi à l’étranger, à l’instar de Meera de Jab Tak Hai Jaan, et ce n’est pas non plus la première à assumer sa vie sexuelle et à aimer faire la fête comme Veronica de Cocktail. Mais Shyra ne se définit pas comme Indienne. Elle corrige Dharam en lui expliquant que ses parents sont Indiens mais qu’elle-même est Française. Et cette identité française lui donne un passe-droit total aux yeux des scénaristes, et même des autorités puisque le comité de censure indien a estimé que les très nombreux baisers et les scènes de sexe présents dans le film étaient parfaitement acceptables étant donné que l’histoire se déroule à Paris. Contrairement à Veronica et à d’autres qui sont punies pour avoir voulu s’affranchir des conventions indiennes et sont contraintes de se « réformer », Shyra est libre de mener sa vie comme elle l’entend et d’exiger des excuses quand on la juge pour ses choix.

Dans Dilwale Dulhania Le Jayenge, la mère demandait à sa fille d’étouffer ses sentiments et de se marier selon les voeux de son père. Dans Befikre, la mère conseille à sa fille d’embrasser son identité française et de ne se marier que si elle est certaine de trouver dans son époux autant de réconfort qu’auprès de ses parents. Shyra n’accepte pas les remarques sexistes sur sa sexualité et elle obtient de Dharam qu’il admette qu’on ne peut pas reprocher à une femme d’avoir couché avec un grand nombre d’hommes. Je suis parfois étonnée de lire les critiques indiennes qui reprochent à Aditya Chopra d’avoir voulu que Shyra se « range » après sa rupture avec Dharam. Il est vrai qu’elle décide d’adopter un comportement plus « conservateur » avec son nouveau copain, mais pour moi, le film démontre que ce n’était peut-être pas son choix le plus avisé… et sa personnalité festive revient au galop dès qu’elle le peut.

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Les parents de Shyra sont également atypiques pour une comédie romantique de Bollywood, une impression probablement insufflée par les acteurs Akarsh Khurana et Ayesha Raza Mishra qui sont plus habitués du monde du théâtre que des paillettes de Bollywood. Leurs personnages sont incroyablement équilibrés et réalistes tout en restant drôles : exit le patriarche intransigeant et la mère trop protectrice qui met le nez dans les affaires de ses enfants. Monsieur et Madame Gill sont d’abord des entrepreneurs, propriétaires d’un grand restaurant à succès de Paris, visiblement cuisiniers, et ils font de leur mieux pour comprendre leur fille, élevée dans une culture différente de la leur. Je pense que leurs questionnements et leurs réactions sont celles de beaucoup de parents expatriés. Ils acceptent que leur fille s’identifie à la France plus qu’à l’Inde et ils acceptent de ne pas pouvoir tout comprendre de ses décisions mais ils se demandent s’ils ont fait le bon choix en ne lui imposant pas une éducation indienne. Pourtant, ces doutes restent à l’état de questionnements, comme ceux qui agitent beaucoup de parents. Ils ne savent pas s’ils doivent regretter leurs choix ou non et leurs échanges en deviennent d’autant plus touchants.

De même, ils semblent apprécier leur vie en France sans pour autant oublier leur attachement à l’Inde, contrairement à d’autres parents de Bollywood qui rencontrent de grandes difficultés à s’habituer au pays où ils vivent. Enfin, ils ne font pas de déclarations d’amour excessives à leur fille mais leur affection déborde de leurs répliques, notamment lorsque le père confie apprécier Dharam parce qu’il lui rappelle Shyra.

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Shyra n’a pas l’air réellement Française quand on regarde le film avec les yeux d’un Français, ne serait-ce que parce que l’actrice parle en réalité très mal français. Mais certaines scènes montrent que son identité a tout de même été bien réfléchie. Son premier échange avec Dharam qui tente de la draguer à coup de phrases un peu trop poétique, son sourire amusé m’a paru plutôt réaliste : elle est trop Française pour ce genre de sérénades. De même, lors d’un échange avec sa mère, elle explique avoir rejeté certains aspects de la culture indienne parce qu’elle ne voulait plus qu’on se moque d’elle à l’école. « C’est là que je suis devenue vraiment Française » confie-t-elle. Pourtant, elle trouve toujours du réconfort dans certaines des choses qu’elle a rejetées, parce que ces choses lui rappellent ses parents. Cette scène m’a frappée parce que les jeunes de la diaspora qu’on voit dans les films de Bollywood expriment rarement ce tiraillement identitaire dans lequel se retrouveront beaucoup d’enfants d’étrangers. C’est peut-être aussi ce tiraillement qui explique que Shyra pense qu’une relation amoureuse plus traditionnelle serait une piste à suivre. Je pense que les critiques indiens n’ont pas compris ce point terriblement juste : contrairement à d’autres héroïnes, Shyra n’est pas punie pour son attitude européenne, elle essaye simplement de trouver son équilibre entre ses deux cultures.

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Plus que toute autre chose, j’étais très curieuse de voir comment Bollywood allait représenter Paris. La critique indienne a reproché à Aditya Chopra de n’avoir tourné le film que pendant 50 jours, suggérant qu’il l’avait bâclé. Pourtant, j’ai été agréablement surprise de vraiment « sentir » Paris à travers le style Bollywood. Oui, les rues sont un peu trop vides, oui, les héros vivent dans des appartements magnifiques et dînent dans des restaurants où l’addition doit être particulièrement salée alors qu’ils ne semblent pas riches, oui, ils se promènent dans les plus jolis endroits de Paris plutôt qu’au milieu de rues ordinaires, oui, il semble peu probable qu’un comédien de stand-up s’exprimant exclusivement en hindi puisse faire le succès d’un bar parisien, ne serait-ce que parce que l’immigration indienne à Paris est surtout tamoule, et oui par moment la vie des personnages ressemble plus à une série américaine qu’à ma vie française…

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Mais pour moi, ce film porte vraiment l’esprit de Paris, probablement parce qu’une écrasante majorité de l’équipe de tournage était française. Shyra explique aux touristes qu’elle accompagne qu’il est interdit d’accrocher des cadenas sur le Pont des Arts, alors que d’autres films étrangers trouvent cette soi-disant « coutume » si romantique qu’ils font comme si cette interdiction n’existait pas (je rappelle que les cadenas sont apparus il y a moins de 10 ans et que ce n’est absolument pas une coutume parisienne!). Les deux héros dansent le tango sur les bords de Seine avec d’autres passionnés, quelque chose qui existe réellement! Et les Parisiens vont se marier dans un château de la Picardie voisine, comme dans la vraie vie. En fait, les soirées improbables comme la grosse fête à côté du Pont Alexandre III ou le karaoké Bollywood pourraient parfaitement correspondre à Paris. Pour moi, Aditya Chopra s’est donc réellement intéressé à Paris. Il ne s’est pas contenté de coller sa vision idéalisée aux décors de la ville.

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Je me demandais aussi comment Paris serait représentée d’un point de vue esthétique. Notre ville est très grise, jaune pâle et blanc crème alors que Bollywood adore les couleurs vives. Mais au lieu de miser sur la couleur, Aditya Chopra a choisi l’illumination. Je trouve que c’est un choix très intelligent car Paris n’a pas reçu le surnom de Ville Lumière par hasard, être brillante de mille feux lui va bien. Le film nous montre donc des guirlandes de lumière dans les arbres, des petites lampes qui habillent des fontaines, des allées de bougies… et ça colle parfaitement au style français tout en mettant en valeur des décors déjà très élégants et en gardant une touche très indienne.

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En bref, pour moi Befikre est une comédie romantique réussie qui donne la pêche. Paris y est bien sûr très glamourisé mais on reconnait bien la ville et on se prend à rêver de pouvoir y passer des fêtes aussi folles sur les bords de Seine! Il y a une tonalité particulière dans ce film, un mélange de France et d’Inde qui sonne parfaitement juste et qui explique peut-être pourquoi certains critiques indiens l’ont perçu très différemment de moi. La musique est également entrainante alors si vous avez un petit coup de blues, n’hésitez pas à y aller!

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3 réponses à “Befikre – Bollywood s’installe à Paris pour une joyeuse comédie romantique

  1. Comme toujours, un article fouillé et une analyse en profondeur 🙂 Merci!
    j’avais été déçue du portrait qui avait été fait de la « franco-indienne » dans Queen. Un peu trop caricatural, à mon goût! Donc j’attends avec impatience de voir ce film, dont j’ai déjà vu un ou deux clips, qui ‘mont vraiment plu!

    • Je réponds comme souvent un peu tard :p
      Je n’ai pas encore vu Queen mais c’est vrai que les extraits que j’ai vu donnaient l’impression d’une fille très excentrique! Après, peut-être que c’est simplement supposé être sa personnalité 😉 Tu as vu Befikre depuis?

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